Le bégaiement, un atout pour l’éloquence

À première vue, l’éloquence et le bégaiement sont opposés : L’éloquence est l’art de parler en public ; le bégaiement est généralement considéré comme une pathologie qui empêche les gens de parler. La fluence étant considérée comme l’élément principal d’un discours, tout ce qui va à l’encontre est considéré comme une entrave à l’art d’être éloquent. 

Cependant, que faire si l’éloquence n’est pas seulement une question de fluence ? En effet, les émotions, les gestes, les silences, la structure du discours et les idées d’une personne ont autant, voire plus d’impact sur sa capacité d’orateur(rice). Ce sont des compétences qui ne dépendent pas de la fluence de la personne. 

C’est le pari qui a été pris lors de la création de l’éloquence du bégaiement, le premier concours d’éloquence destiné aux personnes bègues, un projet innovant et ambitieux porté par l’Association Parole Bégaiement et Dauphine Solidarité Handicap. 

30 candidats se sont lancés dans ce qui s’est avéré être l’épopée d’une vie : vaincre une peur qui domine depuis des années, celle de la prise de parole en public .Pendant 6 semaines, chaque année, les candidats sont accompagnés par des spécialistes de l’éloquence, des orthophonistes et des personnes qui bégaient. Le concours d’éloquence n’est qu’un cadre pour dépasser sa peur et aller de l’avant.

L’ambition est de montrer que les compétences qui sont bloquées par le handicap, peuvent être embellies par la manière dont les personnes les compensent. Certes, le bégaiement contraint l’expression orale, mais celle-ci ne se limite pas à une parole sans blocage. Le bégaiement pousse à exprimer plus d’émotions, à être sincère et à partager la force que cela demande de s’exprimer. C’est également un appel à la confiance en soi et à la prise de risque. Lorsque nous avons une différence, nous préférons la fuir. Faire face à ce qui nous bloque et nous effraie permet de nous épanouir et d’atteindre ce qui nous paraît impossible.

Lorsque ce challenge personnel se transforme en projet d’équipe, des amitiés se lient et une synergie fait rayonner l’ensemble des participants. Tout le monde avance vers le même objectif : Montrer que la différence peut être un atout dans la vie.

Le parcours de Gary Cohn

Atteint de dyslexie, le jeune Gary était en échec scolaire permanent. Un professeur est allé jusqu’à dire à ses parents, qu’avec de la chance, il deviendrait chauffeur de camions.

Gary Cohn est devenu président de Goldman Sachs puis secrétaire du trésor américain. Un parcours invraisemblable pour un jeune garçon en situation de handicap. Ou peut-être pas tant que ça finalement. Pour lui, c’est de sa dyslexie qu’il tire sa force et sa capacité à aller toujours plus loin

« Le point commun que j’ai retrouvé chez les dyslexiques que je connais, c’est notre capacité à affronter les échecs. Nous analysons la plupart des situations et nous nous focalisons beaucoup plus sur l’aspect positif de la situation que sur son aspect négatif. J’y ai réfléchi beaucoup de fois, car cela définit qui je suis. Je ne serai pas là où j’en suis sans ma dyslexie. Je n’aurai jamais saisi cette première opportunité »

Sa dyslexie l’a forgé et il en a fait une arme pour sa vie. Vivons notre différence et faisons-en notre force

Pour les plus curieux, voici l’audace qu’il lui a fallu pour entrer à wall street

https://www.businessinsider.fr/us/how-goldman-gary-cohn-got-to-wall-street-2015-5

Le handicap, un vivier de compétences

Le handicap est une différence, qui est encore trop stigmatisée dans notre société. Il est souvent établi que le handicap n’est qu’une contrainte. Aujourd’hui, le recrutement de personnes en situation de handicap est souvent fait dans le cadre des quotas ou de campagnes de diversité. Cependant, certaines entreprises se différencient en considérant que le handicap est un vivier de compétences différenciantes.

Le handicap impose une ou plusieurs contraintes qui poussent à s’adapter et à vivre autrement. Cette adaptation constante développe des compétences qui sont encore trop souvent insoupçonnés. 

Une personne autiste asperger sera moins compétente pour les compétences inter-personnelles mais excellera dans l’analyse du détail et des raisonnements complexes. Une personne sourde ne pourra s’exprimer que partiellement à l’oral, mais elle pourra très bien communiquer en utilisant d’autres canaux.

Une personne qui bégaie a une parole entravée mais la détermination et l’émotion que lui procure lui bégaiement peuvent dépasser cette contrainte.

L’un des grands enjeux actuels est de mettre en avant les 20% en situation de handicap qui composent notre société et dont les compétences sont trop négligées, car ces personnes sortent de la norme. Alors que leurs super pouvoirs pourraient être la solution à de nombreux problèmes économiques et sociétaux auxquels nous faisons face.

Chaque semaine, nous mettrons en avant un “héros” en situation de handicap sur le blog, qui a fait de sa différence, son atout pour la vie!