La dyslexie

L’objectif de ce guide est de sensibiliser à la dyslexie au travail afin que les personnes dyslexiques exploitent pleinement leurs capacités au service de leurs ambitions professionnelles.

Ce guide est à destination des personnes dyslexiques et des employeurs.

I. La dyslexie dans le monde professionnel

La dyslexie, qu’est-ce que c’est ?

Selon la Fédération Française des Dys, la dyslexie est un trouble d’apprentissage spécifique, durable, du langage écrit. Le symptôme principal est un déficit de la conscience phonologique qui se manifeste par une difficulté à manipuler les sons qui composent les mots. La dyslexie se caractérise par des difficultés pour lire de façon correcte et fluide, pour décoder un texte et pour orthographier.

Elle peut être à l’origine d’une mauvaise compréhension en lecture (avec retentissement sur l’acquisition du vocabulaire et des savoirs académiques). La sévérité, l’intensité et l’expression du trouble varient selon les individus dont l’intelligence est préservée.

La dyslexie s’accompagne de difficultés :

de mémorisation à court et à long terme,

– de discrimination auditive et visuelle,

d’analyse et de mémoire séquentielle (aller dans l’ordre),

d’acquisition des automatismes de la langue écrite,

– d’attention.

La personne dyslexique est souvent plus lente et plus fatigable compte tenu des efforts qu’elle développe pour compenser ses difficultés.

Dyslexie et compétences

 

Dans notre société actuelle, la communication écrite est considérée comme un pré-requis.

Lorsque l’on est dyslexique, les contraintes que nous rencontrons quotidiennement nous amènent à avoir une relation compliquée avec la dyslexie, quitte à fuir toute situation où elle peut être exposée.

Paradoxalement, la dyslexie peut également être un vivier de compétences. Pour que cela soit le cas, il faut faire face à sa dyslexie, en ne fuyant pas les situations qui nous paraissent complexes avec cette différence. 

En acceptant de vivre avec la dyslexie , nous nous forçons à nous adapter pour aller au-delà des contraintes que la dyslexie nous impose. Ces compétences peuvent être une capacité à résoudre des problèmes complexes, une meilleure compréhension des éléments visuo-spatiaux, de la créativité, une capacité d’abstraction pour avoir une vue d’ensemble, une capacité à entreprendre.

Ces compétences sont extrêmement recherchées dans le monde professionnel actuel. 

Alors, venez comme vous êtes, et montrer ce dont vous êtes capables.

Pour un employeur, recruter une personne dyslexique est un enjeu qui va au-delà des obligations légales et sociales. Il s’agit de faire du recrutement des personnes en situation de handicap un axe de différenciation stratégique. Une personne dyslexique a une capacité à comprendre facilement les éléments visuo-spatiaux, à comprendre des problèmes complexes sous différentes dimensions et à proposer des solutions, à s’abstraire de la masse d’informations que nous avons pour avoir une vue d’ensemble de la situation, à être créatif et sortir des sentiers battus.

Dyslexie et RQTH

La dyslexie est reconnu par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et peut donner droit à une RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé).

La dyslexie est reconnue comme un handicap par la MDPH (Maison Des Personnes Handicapées). Ainsi, une personne dyslexique est éligible à la RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé). 

La RQTH permet :

– de bénéficier d’aménagements d’horaires pour les rdv thérapeutiques et médicaux.

– de bénéficier de règles particulières en cas de rupture de contrat de travail, comme le doublement de la durée du préavis de licenciement.

– d’accéder à des stages de réadaptation, de rééducation professionnelle en cas d’inaptitude à votre ancien métier.

La dyslexie est reconnue comme un handicap par la MDPH (Maison Des Personnes Handicapées). Ainsi, une personne dyslexique est éligible à la RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé), ce qui comptabilise les personnes dyslexiques dans le quota de 6% des personnes en situation de handicap. La personne peut également demander sa RQTH lorsqu’elle est employée dans votre entreprise. La demande prend au maximum 6 mois.



Conseils pour gérer la dyslexie dans le monde du travail

Le monde professionnel a ses propres codes qui peuvent rendre complexe le quotidien pour les personnes dyslexiques. Voici quelques astuces qui peuvent rendre votre quotidien plus simple.

Même la dyslexie implique une différence et des difficultés au quotidien. Cela ne veut pas dire que nous sommes moins capables. Nous sommes capables d’une manière différente. L’amour de soi est clé, car vous ne pouvez pas changer qui nous sommes, mais vous pouvez changer la manière dont vous vous estimez. Cela implique également qu’il ne faut pas vous sous-estimer dans le choix de votre emploi, même si cela implique des efforts supplémentaires de votre part.

Organisation du travail

– Favoriser un cadre de travail fixe. Vous pouvez insister pour avoir des réunions à des plages fixes, surtout pour les réunions récurrentes.

– Mettre des plages horaires pour les interruptions, les réunions et les tâches nécessitant de la concentration. Cela permet de mieux maîtriser sa journée et de mieux se concentrer.

– Avoir des plages horaires fixes pour 3 types de tâches principales 

  1. pour répondre aux emails, aux chats et aux appels potentiels. 
  2. pour être disponible pour des réunions
  3. pour vous concentrer sur vos tâches

– Expliquer à vos interlocuteurs que les urgences ont un vrai impact sur votre travail, votre fatigue et qu’ils peuvent avoir un impact sur votre capacité à rendre le travail à temps.

– Demander à avoir l’ordre du jour au moins 1 heure avant une réunion. 

– Demander à avoir un compte-rendu après chaque réunion.

– Préciser que la rédaction d’un compte-rendu peut être un exercice compliqué pour une personne dyslexique, qui prend beaucoup de temps et d’énergie et empêche de se concentrer sur d’autres tâches.

– Demander à être prévenu en avance si vous devez intervenir lors d’une réunion. 

Intégration

– Si vous le souhaitez, vous pouvez demander la mise à disposition d’un livret d’accueil avec les principaux contacts de référence au sein de l’entreprise (pour le matériel, pour le comité d’entreprise), et les principaux acronymes et expressions utilisés. Vous pouvez préciser que cela vous permettra de mieux vous repérer et de mieux comprendre la communication spécifique à l’entreprise.

– Si vous le souhaitez, vous pouvez demander à avoir un référent au sein de votre équipe afin de pouvoir échanger régulièrement sur vos tâches en général et sur votre ressenti ainsi que sur vos besoins liés à votre dyslexie. 

Communication

– Préciser que vous préférez ne pas être interrompu lors d’une réunion car cela peut vous demander des efforts supplémentaires pour reprendre votre présentation.

– Préciser qu’une communication écrite synthétique et visuelle facilite votre compréhension. Exemple : Mettre les mots importants en gras et écrire en FALC : Facile À Lire et à Comprendre.Cela permet de simplifier le texte écrit et de faciliter la compréhension, notamment pour les personnes dyslexiques. Plus de détails ici.

– Préciser qu’une communication écrite manuscrite ou une communication écrite avec du franglais ou des acronymes pourra être plus compliquée pour vous qu’une communication écrite simple et tapée.

De nombreuses personnes dyslexiques ont dû trouver des solutions qui peuvent leur être spécifiques. Le mieux reste toujours de demander à la personne concernée ce dont elle a besoin, car chacun est différent. Voici des conseils qui pourront vous donner de premières pistes.

 Organisation du travail

– Éviter les interruptions intempestives (Chat, appels non planifiés, questions en face à face lorsque la personne est concentrée). Si besoin, définir une plage horaire chaque jour où le collaborateur peut être sollicité de manière imprévue.

– Favoriser un cadre de travail fixe : plages horaires fixes pour les réunions, plages horaires fixes pour les tâches à réaliser, arrivée et départ du travail fixe dans la mesure du possible.

– Clarifier les imprévus et les urgences. Ceux-ci poussent à modifier l’organisation de la journée et demandent une concentration supplémentaire pour la personne dyslexique.

– Envoyer l’ordre du jour de la réunion au moins 1 heure en avance.

– Si le collaborateur dyslexique doit intervenir, prévenez-le en avance.

Intégration

– Mettre à disposition un livret d’accueil avec les principaux contacts de référence au sein de l’entreprise (pour le matériel, pour le comité d’entreprise), et expliquant les principaux acronymes et expressions utilisés.

– Assigner un collègue de référence au sein de l’équipe afin de faciliter la communication. 

– Il est important d’être à l’écoute d’un collaborateur dyslexique. Plus il se sentira en confiance, plus il sera à même de communiquer sur son trouble et ses besoins afin que le travail se passe au mieux.

Communication

– Accorder le temps nécessaire à la rédaction de notes écrites. Si l’orthographe est importante, penser à mettre à disposition un logiciel de correction d’orthographe.

– Quand la communication écrite est nécessaire, il faut privilégier un texte tapé (et non manuscrit). Il faut préférer une écriture simple et claire plutôt que des abréviations, du franglais etc. Ecrire en Facile À Lire et à Comprendre et favoriser la police Arial taille 14, cela permet de faciliter la compréhension pour les personnes dyslexiques. Plus de détails ici

– Éviter d’interrompre le collaborateur dyslexique lors d’une réunion. La reprise du fil de ses idées implique une concentration accrue entraînant une fatigue supplémentaire.

– Éviter de demander au collaborateur dyslexique d’effectuer le compte-rendu de la réunion. Cela lui demande beaucoup de temps et un effort considérable. 

– Favoriser une communication écrite synthétique.

Aménagements possibles pour aider la personne dyslexique

Chaque personne dyslexique a ses préférences et a pu mettre en œuvre certains mécanismes d’adaptation. Voici des conseils d’aménagements possibles, mais gardez à l’esprit que les aménagements les plus cohérents seront ceux que vous définirez avec la personne dyslexique.

– Lorsqu’il y a un contact client, le(s) interlocuteur(s) peu(ven)t être prévenu(s) en amont si la personne dyslexique le souhaite.

– Privilégier une organisation de la semaine fixe dans son fonctionnement (réunion d’équipes, points réguliers toujours au même moment). 

– Donner plus de temps pour effectuer les tâches écrites et de rédaction.

– Mettre à disposition un endroit propice à la concentration (avec un minimum de distractions visuelles et sonores).

– Privilégier les courtes communications orales aux communications écrites (compte-rendu, retour du travail par mail, planification de rdv).

– Mettre à disposition des outils facilitant la communication écrite : logiciels d’assistance à l’écriture, logiciels correcteurs d’orthographe (utilisation simple avec intégration dans Word, Google Doc etc.), logiciels qui écrivent sous la dictée, logiciels de lecture de texte écrit.

II. Entretiens et dyslexie

L’entretien est un exercice ayant des enjeux multiples, pour le candidat et pour l’entreprise. Lorsque le handicap entre en jeu, l’évaluation et la prise de décision sont complexifiées. Le candidat, a pour sa part l’appréhension que sa dyslexie lui bloque des opportunités. 

Avant l'entretien

L’entretien pour une personne dyslexique est un exercice compliqué, car c’est un exercice où la manière dont on interagit avec le recruteur est importante. Evidemment, vous êtes parfaitement capable de briller pendant cet exercice.

Avant toute chose, il est important d’informer le recruteur sur votre dyslexie lorsque vous planifiez l’entretien avec lui. C’est parfois très dur de partager votre dyslexie avec des inconnus. Cependant, cela permet aux recruteurs de se préparer et de se renseigner sur votre spécificité avant l’entretien. Ils ne seront pas surpris au moment de l’entretien et vous évalueront de la manière la plus objective possible. Cela vous permettra également de moins vous fatiguer pendant l’entretien pour compenser votre dyslexie et vous pourrez vous concentrer au mieux sur votre entretien. 

Ensuite, pour que l’entretien se passe au mieux, il faut vous préparer :

– Faire son travail de candidat : se renseigner sur l’entreprise (quel est son secteur, ses performances financières, quelles sont les dernières actualités) et le poste (dans quel département est le poste ? Quelles sont les tâches ? Quelles sont les compétences et les connaissances requises ?

– Lire attentivement la description du poste et des tâches à effectuer. Réfléchissez aux questions qu’on pourrait vous poser et préparez-les. Limitez-vous à 5 à 10 questions.

– Préparer une fiche d’une page en police 14 Arial (minimum ou plus) où vous notez les principales informations que vous souhaitez mettre en avant. Cela vous servira d’aide-mémoire.

– Demandez aux recruteurs quelle est la tenue vestimentaire requise. En fonction de ce qu’ils vous disent, vous pouvez préparer la tenue qui correspond à leurs attentes.

– Demandez aux recruteurs quel est le format de l’entretien. (entretien avec une personne, étude de cas, entretien en groupe, plan d’accès, etc.). Cela vous permettra de vous préparer au mieux et de prévenir le recruteur avant les entretiens si l’un des formats d’entretien peut être plus compliqué pour vous.

– Apprendre à se mettre en avant : 

  1. Identifiez toutes les expériences que vous souhaitez mettre en avant avec 1 ou 2 réussites par expérience. Répétez-les autant de fois que possible.
  2. Identifiez vos forces et vos plus grandes qualités et apprenez à les mettre en avant en 1 ou 2 phrases.

Enfin, préparez-vous à parler de votre dyslexie. Vous pouvez notamment partager une documentation écrite en amont. Même si c’est difficile, il est important de le faire. Cela se ressent lors des échanges à l’oral. Le dire est compliqué, car vous partagez quelque chose de (très) personnel avec un.e inconnu.e. En parler par écrit permet d’amorcer la discussion à ce sujet. Parler de votre dyslexie permet au recruteur de mieux vous connaître mais aussi de parler de quelque chose de personnel, ce qui crée un lien lorsque vous l’abordez et pousse à s’intéresser à vous, en tant que personne, plutôt qu’à vos simples compétences. La dyslexie peut être abordée en entretien.
– Au début de l’entretien, vous pouvez indiquer que vous êtes une personne dyslexique. Vous pouvez prendre 2 exemples courts avec une situation concrète (1 phrase pour chacun) qui expliquent ce que la dyslexie implique.  

– Parler de l’aspect positif de votre dyslexie. Il peut y avoir un apport positif pour l’entreprise si elle encourage les personnes dyslexiques à faire les choses qui les différencient et être un réel atout. Vous pouvez mettre en avant un exemple concret où vous avez réussi quelque chose grâce à votre dyslexie.

Dans le cadre d’un entretien, il est souvent difficile d’aller au-delà d’une différence telle que la dyslexie. Si la personne a été reçue en entretien, cela signifie qu’elle a un profil qui correspond à vos attentes. Malgré toutes les compétences énumérées sur un CV, nous avons tendance à privilégier les candidats non handicapés à des candidats différents.

Avant toute chose, préciser au candidat que s’il a un handicap, il peut le partager en amont. Cette démarche est importante afin que l’entretien soit adapté et que le recruteur puisse se préparer et se renseigner.

– Si vous savez en amont que le candidat est dyslexique : 

  1. Faire attention au format des entretiens (les entretiens où il y a un cas à lire avec un temps limité ou des tests avec un texte écrit sont moins adaptés aux personnes dyslexiques). Des solutions peuvent être d’envoyer ces textes en avance, ou de les imprimer dans des polices plus grandes. Les tests types psychométriques ou à choix multiples peuvent être discriminatoire pour les personnes dyslexiques. Ces tests contiennent beaucoup de contenu écrit ou abstrait qui peut avoir un impact sur la personne dyslexique. Des solutions sont d’allouer du temps supplémentaire (25% de plus est raisonnable) ou d’effectuer ces tests sous forme d’études de cas à l’oral (le plus adéquat).
  2. Réserver une salle avec un minimum de bruit et de distraction.
  3. Préciser à la personne qui va faire passer l’entretien de lire la partie ci-dessous “pendant l’entretien”.
  4. Communiquer au candidat les différentes étapes de l’entretien (oral, test) et demandez-lui s’il a besoin d’aménagements.
  5. Utiliser des phrases simples et sans acronymes pour parler de l’organisation de l’entretien. 

Voici quelques pistes à préparer avant l’entretien pour juger le candidat de la manière la plus objective possible :

– Avant de prendre en compte la dyslexie du candidat, a-t-il les compétences nécessaires pour le poste ?

– Peut-on adapter le poste à sa dyslexie ? Voir la section aménagement. 

– Les tâches peuvent-elles être faites différemment ? Certaines tâches du poste pourront être tout aussi bien réalisées par la personne dyslexique si une approche correspondant à ses spécificités est permise. 

– Est-ce que les compétences limitées par la dyslexie sont compensées par celles que la dyslexie développe ? Lors de l’entretien, posez des questions positives sur la dyslexie (les plus grandes victoires avec la dyslexie, ce que la dyslexie peut apporter). Cela aura un bénéfice pour vous, car vous pourrez appréhender la dyslexie comme autre chose qu’une contrainte, et pour le candidat, cela pourra le mettre en confiance et le rassurer.

Pendant l’entretien

– N’ayez pas peur de parler de votre dyslexie dès que vous pouvez. Cela vous aidera à ne plus vous demander si cela se voit ou pas. Soyez confiant lorsque vous en parlez.

– Soyez à l’entretien 10 minutes en avance.

– Mettez votre téléphone en silencieux.

– Ne vous précipitez pas pour répondre à une question, prenez votre temps. Si besoin, dites que vous avez besoin de quelques secondes supplémentaires. Le plus important c’est que vous soyez satisfait de votre réponse.

– Gardez un papier où vous notez les informations principales que vous obtenez lors de votre entretien. Ainsi, vous serez sûr d’avoir les informations si besoin pendant la suite de l’entretien. Ecrivez uniquement quelques mots et en gros pour que vous puissiez vous relire facilement.

– Ayez un aide-mémoire d’une page police Arial 14 ou + avec les informations principales sur votre parcours professionnel et scolaire, afin de ne pas avoir de “trou de mémoire”.

– Si vous ne comprenez pas une question, ne paniquez pas. Demandez à votre interlocuteur de la répéter. 

–  S’il y a une étape de l’entretien qui vous semble compliquée avec votre dyslexie (un test écrit, un test sur ordinateur avec du texte à lire, un texte à lire rapidement), n’hésitez pas à le mentionner et à demander un autre format ou plus de temps (au moins 25%). Même si cela est difficile à demander, il est très important de le faire, car la qualité de votre entretien en dépend.

Intéressez-vous à ce que son handicap lui a permis de faire. Les aventures vécues sont une mine d’or pour apprendre à connaître la personne et découvrir toutes ses compétences. Attention, certaines personnes seront moins ouvertes à ce sujet, dans ce cas, respectez leur retenue.

Pensez à être transparent avec votre interlocuteur. S’il vous parle de sa dyslexie, soyez honnête quant à votre position à ce sujet. Si vous avez des doutes, demandez au candidat des exemples de situations similaires à celles qu’il rencontrera durant le poste.

Si vous pensez que la personne est dyslexique mais n’ose pas le dire, vous pouvez demander si la personne a une RQTH, vous pouvez mettre la personne à l’aise et montrer que le handicap n’est pas un tabou. Par contre, il n’est pas autorisé de demander à une personne si elle a un handicap précis.

Ne basez pas votre impression sur la dyslexie, mais sur l’ensemble de l’échange avec la personne.

Permettez la prise de notes lors de l’entretien. Cela permettra aux candidats de ne pas oublier des éléments clés de l’entretien.

Les tests psychométriques ou à questions multiples peuvent être discriminants. Il est préférable de réaliser un autre type de test.

– Évitez les questions trop complexes ou avec plusieurs sous-questions. Préférez les questions concises et explicites.

– S’il y a un rendu écrit, acceptez des idées ou un rendu visuel plutôt qu’un texte complet et structuré.

– Répétez la question si nécessaire.

– Laissez le temps au candidat pour comprendre et répondre à la question.

– Laissez le temps au candidat pour comprendre et répondre à la question.

III. Dyslexie et travail

Le quotidien au travail est composé de tâches professionnelles, et de l’ensemble des échanges formels et informels entre collègues. La dyslexie peut ainsi se révéler être un vrai défi, à la fois pour les collègues et pour la personne elle-même.

Intégration au travail

La dyslexie peut demander de fortes compensations au quotidien qui fatiguent et prennent une partie importante de l’énergie. Votre différence peut se ressentir, c’est pour cela qu’il est important d’expliquer pourquoi vous êtes différent. Le dire de vive voix est compliqué, car nous partageons quelque chose de (très) personnel avec un.e inconnu.e.

Pour des conseils sur le quotidien au travail, regarder la section de la première partie.

Informer de sa dyslexie

– Vous pouvez informer votre entreprise de votre dyslexie par différents canaux (écrit ou oral) et par le biais de différentes personnes (ressources humaines, manager, collègue etc).

– Vous pouvez informer par écrit (Chat, Mail) l’un de vos collègues, votre manager ou une personne des ressources humaines. Vous pouvez expliquer en 3 lignes ce que ça implique pour vous et partager cette page.

–  Si vous ne souhaitez pas le partager à toute votre équipe, vous pouvez tout d’abord en parler à l’un de vos collègues, à un manager ou à quelqu’un des ressources humaines.

Lors d’une première rencontre, au début de l’échange, vous pouvez indiquer que vous êtes une personne dyslexique. Vous pouvez prendre 2 exemples courts avec une situation concrète (1 phrase pour chacun) qui expliquent ce que la dyslexie implique.  

– Parlez de l’aspect positif de votre dyslexie : il peut y avoir un apport positif si les personnes dyslexiques font les choses qui les différencient et pour lesquelles elles sont plus performantes. En effet, cela peut être un réel atout en entreprise. Vous pouvez prendre un exemple concret où vous avez réussi quelque chose grâce à votre dyslexie.

– Vous pouvez demander des aménagements qui vous rendent à l’aise

 

La sensibilisation de l’équipe

Certaines personnes vont être amenées à travailler avec vous tous les jours. Leur donner des informations précises sur la dyslexie et surtout, sur votre dyslexie, permettra de mieux comprendre votre différence et de faciliter la collaboration au quotidien. Pour sensibiliser votre équipe, vous pouvez :

– Partager cette page.

– Faire une présentation à votre équipe. Elle peut être faite par quelqu’un de l’extérieur, par quelqu’un de l’entreprise ou par vous-même si vous le souhaitez. 

S’affirmer au travail :

Le monde du travail est exigeant. La dyslexie implique de s’épanouir dans ce monde avec une différence. Il ne faut pas hésiter à dire ce qui vous gêne ou à demander ce que vous voulez, car si vous ne le faites pas, personne ne le fera pour vous. Il est vrai que c’est souvent assez compliqué, mais il ne faut pas hésiter car c’est votre droit.

– Certaines tâches peuvent ne pas être attribuées à une personne dyslexique car les collègues peuvent estimer que celles-ci seront plus compliquées. Si vous souhaitez réaliser ces tâches, demandez-le clairement à votre supérieur.

– Si vous souhaitez prendre la parole mais que vous n’arrivez pas à la prendre, manifestez-vous, soit dans le chat de la réunion, soit à l’oral, quitte à interrompre la réunion pour un court instant.

La dyslexie peut surprendre les personnes non-averties. Il peut également avoir un impact sur la vie sociale, qu’il ne faut pas oublier. Si la personne dyslexique interagit de manière différente, cela peut être en lien avec sa dyslexie. Il pourra être important d’en tenir compte lors du travail d’équipe.

Pour des conseils sur le quotidien au travail, regarder la section de la première partie.

La sensibilisation de l’équipe 

– Permettre à la personne dyslexique  de parler de sa dyslexie et de ce que cela implique pour elle, si elle le souhaite. Tout le monde n’est pas à l’aise dans cette situation.

– Distribuer la première partie informative de ce guide à l’ensemble des membres de l’équipe.

Intégration

– Mettre à disposition un livret d’accueil avec les principaux contacts de référence au sein de l’entreprise (pour le matériel, pour le comité d’entreprise), et les principaux acronymes et expressions utilisés.

– Assigner un collègue de référence au sein de l’équipe afin de faciliter la communication. 

– Il est important d’être à l’écoute d’un collaborateur dyslexique. Plus il se sentira en confiance, plus il sera à même de communiquer sur son trouble et ses besoins afin que le travail se passe au mieux.

Communication

– Accorder le temps nécessaire à la rédaction de notes écrites. Si l’orthographe est importante, il faut penser à mettre à disposition un logiciel de correction orthographique.

– Quand la communication écrite est nécessaire, il faut privilégier un texte tapé (et non manuscrit). Il faut privilégier une écriture simple et claire plutôt que des abréviations, du franglais etc.

– Éviter d’interrompre le collaborateur dyslexique lors d’une réunion. La reprise du fil des idées implique une concentration accrue entraînant une fatigue supplémentaire.

– Éviter de demander au collaborateur dyslexique d’effectuer le compte-rendu de la réunion. Cela lui demande beaucoup de temps et un effort considérable.

– Favoriser une communication écrite synthétique.

Mettre en avant les compétences

La dyslexie est souvent considérée comme une contrainte. Nous oublions souvent de voir l’aspect constructif de la dyslexie. Les défis quotidiens ne peuvent être niés. Ces défis quotidiens et ces manières différentes d’appréhender le monde, forgent et développent des compétences insoupçonnées :

Créativité : Les dyslexiques, de par leurs difficultés avec la communication écrite, cherchent parfois des échappatoires. Cela se traduit par la capacité à avoir des idées en dehors des sentiers battus (Craig McCraw, l’une des personnes à l’origine de l’idée du téléphone portable au moment où personne n’y croyait, est dyslexique) ou encore une forte imagination (Andy Warhol et Pablo Picasso étaient dyslexiques).

Empathie : Les personnes dyslexiques ont une très bonne capacité pour comprendre leurs interlocuteurs (leurs émotions, leur langage non-verbal). Cette capacité est clé car elle permet de comprendre au mieux les besoins de son interlocuteur. Dans notre montre qui ne cesse de courir, ce sont des détails que nous pouvons ignorer mais qui peuvent permettre de comprendre pertinemment les personnes d’une même équipe, les besoins (implicites) d’un client ou d’un responsable.

Avoir une vue d’ensemble : Les personnes dyslexiques ont la capacité de s’abstraire d’une situation particulière pour en avoir une vue d’ensemble. De nos jours, de nombreux projets demandent de grands efforts et font parfois oublier l’objectif général du projet et les étapes après ces projets. Avoir une vue d’ensemble est une capacité essentielle pour orienter les grands projets des entreprises dans la bonne direction. 

Habiletés visuospatiales : Les personnes dyslexiques ont des facilités pour toutes les tâches qui demandent une visualisation dans l’espace (ex : analyser des graphiques en 3 dimensions, le graphisme, les tâches manuelles). De nombreuses études scientifiques ont prouvé que les dyslexiques sont “excellents” lorsqu’il faut reconnaître des figures impossibles, donner de la cohérence à un ensemble ou analyser des problèmes en plusieurs dimensions.

Résolution de problème : En lien avec la compétence visuospatiale, les dyslexiques s’avèrent être de géniaux “problem-solvers”.  Ils sont capables de rassembler différents éléments d’un même problème qui sont dissociés en apparence, mais qui, lorsqu’ils sont rassemblés, permettent de trouver une réelle solution à un problème. Ils sont également capables de déceler facilement des tendances afin de donner des idées et des pistes de résolution de problèmes.  

Esprit d’entreprise : Les dyslexiques sont enclins à prendre des initiatives. De nombreux dyslexiques sont de brillants entrepreneurs ou des personnes qui ont bâti leur carrière en capitalisant sur leurs différentes compétences (résolution de problème, vue d’ensemble, etc.) qui facilitent l’esprit d’entreprise.

Ces compétences ne sont pas si évidentes en réalité. Elles nécessitent un environnement accueillant où la personne dyslexique a toute sa place et où elle n’est pas mise à l’écart de par sa différence.

La personne dyslexique doit également oser faire face aux situations qui lui sont difficiles avec sa différence afin de montrer qu’elle est bien plus qu’une personne dyslexique : c’est une personne avec un vécu unique, qui lui permet de développer des compétences qui lui sont propres et qui sortent de l’ordinaire. 

La condition pour faire éclore ces compétences est l’acceptation de la différence, qu’elle soit sienne ou celle d’un collègue. L’élément crucial est de ne pas limiter les responsabilités de la personne dyslexique à cause de son handicap. Au contraire, il faut lui donner l’opportunité d’aller au-delà si elle le souhaite, sans la forcer.

La dyslexie au travail au-delà des préjugés

Une personne dyslexique peut atteindre ses rêves, même les plus “irréalistes”. Certes, le chemin sera plus sinueux, mais les difficultés rencontrées font également partie de la richesse de la dyslexie, de ce qu’elle apporte à la personne dyslexique et à celles qui la côtoient. 

Certaines personnes dyslexiques sont de brillants scientifiques, d’autres sont dirigeants d’entreprise (le fondateur de Virgin est dyslexique), d’autres sont des artistes (Andy Warhol) ou des acteurs. De nombreux dyslexiques sont parmi nous, et se sentent limités par leur différence, de par la manière dont ils l’appréhendent et dont notre société la représente.

En allant au-delà des préjugés, nous permettons aux personnes souvent stigmatisées d’avoir le droit de rêver et de réaliser leurs ambitions. Les personnes dyslexiques mettent également à la disposition de notre société des compétences que nous avons trop longtemps ignorées. Nous nous concentrons sur ce qui n’est pas possible de faire, alors que nous pouvons nous intéresser aux actions qui peuvent être réalisées d’une manière différente.

L’histoire de Gary Cohn est inspirante.

Atteint de dyslexie, le jeune Gary était en échec scolaire permanent. Un professeur est allé jusqu’à dire à ses parents, qu’avec de la chance, il deviendrait chauffeur de camions.

Gary Cohn est devenu président de Goldman Sachs puis secrétaire du trésor américain. Un parcours invraisemblable pour un jeune garçon en situation de handicap. Ou peut-être pas tant que ça finalement. Pour lui, c’est de sa dyslexie qu’il tire sa force et sa capacité à aller toujours plus loin.

« Le point commun que j’ai retrouvé chez les dyslexiques que je connais, c’est notre capacité à affronter les échecs. Nous analysons la plupart des situations et nous nous focalisons beaucoup plus sur l’aspect positif de la situation que sur son aspect négatif. J’y ai réfléchi beaucoup de fois, car cela définit qui je suis. Je ne serai pas là où j’en suis sans ma dyslexie. Je n’aurai jamais saisi cette première opportunité »