Le handicap visuel au travail

L’objectif de ce guide est de sensibiliser à la cécité et à la malvoyance au travail afin que les personnes aveugles et malvoyantes exploitent pleinement leurs capacités au service de leurs ambitions professionnelles.

Ce guide est à destination des personnes aveugles et malvoyantes et des employeurs.

Ce guide est à l’initiative de Mounah Bizri, co-créateur de handicapossible et personne en situation de handicap souhaitant démocratiser l’information autour du handicap et permettre à chaque personne en situation de handicap d’avoir la carrière dont elle rêve. Il a aussi créé l’Eloquence du Bégaiement et l’Eloquence de la Différence, des projets qui utilisent l’éloquence comme cadre pour montrer que le handicap est une richesse pour la vie personnelle et professionnelle. 

Merci à Benjamin Louis pour sa contribution, lui-même étant une personne avec déficience visuelle et agissant sur les réseaux sociaux pour sensibiliser le grand public au handicap et au handisport.

I. La cécité et la malvoyance dans le monde professionnel

La cécité et la malvoyance, qu’est-ce que c’est ?

Le handicap visuel désigne les troubles liés à la fonction visuelle (thérapeutiques, médicaux, chirurgicaux,..).

Elle est définie à l’aide de deux critères que sont l’état du champ visuel (étendue de l’espace qu’un œil peut saisir) et la mesure de l’acuité visuelle (aptitude d’un œil à apprécier les détails).

A partir de là, on distingue deux catégories de personnes atteintes de déficience visuelle :

– Les aveugles, atteints de cécité, dont l’acuité visuelle corrigée est inférieure ou égale à 1/20

– Les malvoyants, atteints d’amblyopie, dont l’acuité visuelle après correction du meilleure œil est comprise entre 4/10 et 1/10.

De plus, il y a 4 types de difficultés visuelles (pour aller plus loin sur les différentes pathologies de la vue)

  • La vision floue : Comme son titre l’indique, cela indique voir “flou”. Même si les éléments peuvent être “vus”, ils ne peuvent pas être clairement identifiés.
  • Un champ visuel rétréci : Le champ de vision est largement rétréci, seule la vision centrale subsiste. Cela implique très souvent de ne pouvoir voir que ce qui est strictement en face de nous. Il est donc plus difficile de distinguer ce qui nous entoure
  • La vision périphérique : C’est l’inverse du champ visuel rétréci. Il est possible de voir ce qui est sur le côté, par contre, ce qui est en face n’est plus visible.
  • La cécité complète

Ces différentes difficultés visuelles peuvent varier en sévérité. Pour la vision de loin, nous distinguons 4 stades de difficultés visuelles:

  • Légère –acuité visuelle comprise entre 6/12 et 6/18.
  • Modérée – acuité visuelle comprise entre 6/18 et 6/60.
  • Sévère – acuité visuelle comprise entre 6/60 et 3/60.
  • Cécité – acuité visuelle inférieure à 3/60.

Ainsi, il n’y pas UN mais DES handicaps visuels qui varient en fonction du type et de la sévérite de la difficulté visuelle. 

Ces différentes difficultés ont des conséquences plus ou moins sévères sur certaines capacités liées à la fonction visuelle comme :

– La lecture et l’écriture 

– Les activités de la vie quotidienne

– La communication 

– L’évaluation de l’espace et les déplacements 

– La poursuite d’une activité exigeant le maintien prolongé de l’attention visuelle.

Chaque personne aveugle ou malvoyante aura un degré de vision différent et donc des besoins différents. Certains peuvent avoir une vue complète alors que d’autres ne pourront rien voir. Des supports, tels que la canne blanche ou le chien guide peuvent être utilisées par des personnes aveugles ou malvoyantes, mais cela n’est pas systématiques. Ce sont des choix effectués par les personnes qui se reposent sur leurs besoins et leurs convictions.

Conseils pour intégrer la cécité et la malvoyance dans le monde du travail

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Cécité, malvoyance et Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé

Qu’est-ce  qu’est la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé ?

La cécité et la malvoyance sont reconnues comme un handicap par la Maison des Personnes Handicapées (MDPH). Ainsi, une personne sourde et aveugle est éligible à la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). La RQTH est la reconnaissance administrative du handicap. Il ne faut pas hésiter à faire la demande de RQTH si vous pensez que cela peut vous être bénéfique.

Quels  sont les avantages?

La RQTH n’est pas obligatoire. Cependant, elle est importante car elle permet:

– de bénéficier d’aménagements d’horaires pour les rendez-vous médicaux et thérapeutiques.

– de bénéficier d’avantage lors du recrutement au sein de certaines entreprises. Les entreprises sont soumises à un quota de 6% d’employés ayant une RQTH. Certaines politiques de recrutement sont  avantageuses envers les personnes ayant la RQTH afin d’atteindre ces quotas.

– de bénéficier de la mise en place d’aménagements de poste tels que recommandés par la médecine du travail

– d’accéder à des services et des aides financières de l’AGEFIPH (L’organisme de l’état en charge des personnes handicapées dans une structure privée) ou du FIFPH (L’organisme de l’état en charge des personnes  handicapées dans une structure publique)

– de bénéficier de règles particulières en cas de rupture de contrat de travail, comme le doublement de la durée du préavis de licenciement.

– d’accéder à des stages de réadaptation et de  rééducation professionnelle en cas d’inaptitude à votre ancien métier.

Comment demander sa RQTH ? Pour demander sa RQTH, il faut remplir un dossier à envoyer à la MDPH départementale. Le dossier est détaillé ici

Quand est-ce qu’il est possible de faire la demande de RQTH ? La demande de RQTH est une grande étape. Elle reconnaît administrativement le handicap. Il n’est pas toujours facile de faire une demande de RQTH. Certaines personnes aveugles ou malvoyantes vont se considérer en situation de handicap, d’autres non. L’avantage de la RQTH, c’est qu’elle protège et qu’elle incite les entreprises à adapter l’environnement de travail au besoin de la personne.

L’autre difficulté, c’est que le handicap peut être considéré comme quelque chose de personnel que certaines personnes ne veulent pas partager avec l’ensemble de l’entreprise. Il est important de noter que la RQTH est CONFIDENTIELLE. Il est possible de la partager uniquement au médecin du travail, qui fera le nécessaire pour adapter le poste. Il n’y a aucune obligation d’en parler au responsable handicap de l’entreprise ou aux ressources humaines, même si cela peut aider pour avoir un suivi au quotidien.

Le handicap visuel est reconnu comme un handicap par la MDPH. Ainsi, une personne aveugle ou malvoyante est éligible à la RQTH, ce qui comptabilise les personnes aveugles ou malvoyantes dans le quota de 6%. La personne peut également demander sa RQTH lorsqu’elle est employée dans votre entreprise. La demande prend au maximum 6 mois.

Aménagements possibles pour aider la personne aveugle ou malvoyante

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II. Cécité, malvoyance et entretiens

L’entretien est un exercice ayant des enjeux multiples, pour le candidat et pour l’entreprise. Lorsque le handicap entre en jeu, l’évaluation et la prise de décision sont complexifiées. Le candidat, a pour sa part l’appréhension que son handicap visuel lui bloque des opportunités.

Avant l'entretien

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Pendant l’entretien

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III. Cécité, malvoyance et travail

Le quotidien au travail est composé de tâches professionnelles, et de l’ensemble des échanges formels et informels entre collègues. Le handicap visuel peut ainsi se révéler être un vrai défi, à la fois pour les collègues et pour la personne elle-même.

Intégration au travail

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Evoluer au travail

Trouver un emploi et s’intégrer dans le monde professionnel sont les premières étapes d’une grande aventure. Il y a plusieurs étapes clés qui suivent :

  • Valider la période d’essai
  • Être évalué sur le travail effectué
  • Être promu

Travailler avec une personne avec dyslexie, c’est travailler avec une personne qui a des besoins spécifiques. Ces besoins spécifiques ne modifient en rien les compétences et les capacités de travail de la personne, ils nécessitent uniquement eu peu plus de flexibilité. De nombreux conseils et aménagements ont été proposés dans la première partie. L’enjeu est que les personnes avec dyslexie puissent être évaluées lors des étapes clés de manière équitable. Ainsi, il est envisageable d’atteindre moins sur certains aspects (notamment les aspects interpersonnels) mais plus sur d’autres aspects (notamment les aspects techniques).

Mettre en avant les compétences

Le handicap visuel est souvent considéré comme une contrainte. Les technologies actuelles donnent aux personnes aveugles ou malvoyantes les outils nécessaires afin de travailler. L’un des principaux défis est surtout d’accepter que chaque personne a son fonctionnement propre. Une personne aveugle ou malvoyante sera capable de faire n’importe quel travail, si des aménagements simples sont mis en place.

De plus, nous oublions souvent de voir l’aspect constructif de Le handicap visuel. Les défis quotidiens ne peuvent être niés. Ces défis quotidiens et ces manières différentes d’appréhender le monde, forgent et développent des compétences insoupçonnées :

Adaptation : c’est la capacité à analyser la situation et à ajuster ses choix en fonction de l’état actuel. Une personne aveugle ou malvoyante doit fréquemment analyser et comprendre la situation afin de prendre la bonne décision. Dans le milieu professionnel, cette compétence permet d’être ouvert aux changements, de pouvoir prendre rapidement des décisions et de s’adapter quand cela est nécessaire. Dans un monde professionnel où les choix doivent être immédiats et où les connaissances évoluent de jour en jour, cette compétence est clé.

Ecoute: La communication orale étant le canal de communication le plus accessible pour les personnes aveugles ou malvoyantes, elles développent en général une bonne capacité d’écoute et de mémoire auditive qui peut permettre de mémoriser et de comprendre un sujet grâce aux échanges oraux

Confiance : La personne malvoyante ou aveugle peut avoir besoin d’autrui pour des tâches “simples” (Se déplacer dans l’entreprise, trouver un objet). Cela implique une confiance envers autrui et les informations qu’il partage. Cette confiance est clé dans des milieux professionnels où la cohésion entre coéquipiers est clé.

Persévérance : C’est la capacité à ne jamais abandonner et à s’entêter à finir une tâche.

Ces compétences ne sont pas si évidentes en réalité. Elles nécessitent un environnement accueillant où la personne aveugle ou malvoyante a toute sa place et où elle n’est pas mise à l’écart de par sa différence.

La Personne aveugle ou malvoyante se doit également d’oser faire face aux situations qui lui sont difficiles avec sa différence afin afin de montrer qu’elle est bien plus qu’une Personne aveugle ou malvoyante : c’est une personne avec un vécu propre, qui lui permet de développer des compétences qui lui sont propres et qui sortent de l’ordinaire. 

La condition pour faire éclore ces compétences est l’acceptation de la différence, qu’elle soit sienne ou celle d’un collègue. L’élément crucial est de ne pas limiter les responsabilités de la personne aveugle ou malvoyante de par son handicap. Au contraire, il faut lui donner l’opportunité d’aller au-delà si elle le souhaite, sans la forcer.

La cécité et la malvoyance au travail au-delà des préjugés

Une personne aveugle ou malvoyante peut atteindre ses rêves, même les plus “irréalistes”. Certes, le chemin sera plus sinueux, mais les difficultés rencontrées font également partie de la richesse du Handicap visuel et de ce qu’il apporte à la personne aveugle ou malvoyante et à celles qui la côtoient. 

Certaines Personnes aveugles ou malvoyantes sont de brillants scientifiques, d’autres sont dirigeants d’entreprise , d’autres sont des artistes ou des acteurs. De nombreuses personnes aveugles ou malvoyantes sont parmi nous, et se sentent limités par leur différence, de par la manière dont ils l’appréhendent et dont notre société la représente.

En allant au-delà des préjugés, nous permettons aux personnes souvent stigmatisées d’avoir le droit de rêver et de réaliser leurs ambitions. Nous mettons également à la disposition de notre société des compétences que nous avons trop longtemps ignorées. Nous nous concentrons sur ce qui n’est pas possible de faire, alors que nous pouvons nous intéresser aux actions qui peuvent être réalisées d’une manière différente.

Srikanth Bolla, un entrepreneur indien né en 1992, prouve que la faculté la plus importante est de croire en ses rêves. Srikanth Bolla est aveugle depuis son enfance. Dans le système scolaire Indien, les aménagements furent compliqués. Étant refusé dans l’une des meilleures universités indiennes, il postule à de grandes universités américaines et devient le premier étudiant aveugle du MIT (Université américaine avec la même réputation que Harvard). A la fin de ses études, il crée Bollant industries, une entreprise de production de packaging respectueuse de l’environnement. A 28 ans, il gère plusieurs dizaines d’employés.