La cécité et la malvoyance

L’objectif de ce guide est de sensibiliser à la cécité et à la malvoyance au travail afin que les personnes aveugles et malvoyantes exploitent pleinement leurs capacités au service de leurs ambitions professionnelles.

Ce guide est à destination des personnes aveugles et malvoyantes et des employeurs.

Merci à B. Louis pour sa contribution.

I. La cécité et la malvoyance dans le monde professionnel

La cécité et la malvoyance, qu’est-ce que c’est ?

Le handicap visuel désigne les troubles liés à la fonction visuelle (thérapeutiques, médicaux, chirurgicaux,..).

Elle est définie à l’aide de deux critères que sont l’état du champ visuel (étendue de l’espace qu’un œil peut saisir) et la mesure de l’acuité visuelle (aptitude d’un œil à apprécier les détails).

A partir de là, on distingue deux catégories de personnes atteintes de déficience visuelle :

– Les aveugles, atteints de cécité, dont l’acuité visuelle corrigée est inférieure ou égale à 1/20

– Les malvoyants, atteints d’amblyopie, dont l’acuité visuelle après correction du meilleure œil est comprise entre 4/10 et 1/10.

De plus, il y a 4 types de difficultés visuelles (pour aller plus loin sur les différentes pathologies de la vue)

  • La vision floue : Comme son titre l’indique, cela indique voir “flou”. Même si les éléments peuvent être “vus”, ils ne peuvent pas être clairement identifiés.
  • Un champ visuel rétréci : Le champ de vision est largement rétréci, seule la vision centrale subsiste. Cela implique très souvent de ne pouvoir voir que ce qui est strictement en face de nous. Il est donc plus difficile de distinguer ce qui nous entoure
  • La vision périphérique : C’est l’inverse du champ visuel rétréci. Il est possible de voir ce qui est sur le côté, par contre, ce qui est en face n’est plus visible.
  • La cécité complète

Ces différentes difficultés visuelles peuvent varier en sévérité. Pour la vision de loin, nous distinguons 4 stades de difficultés visuelles:

  • Légère –acuité visuelle comprise entre 6/12 et 6/18.
  • Modérée – acuité visuelle comprise entre 6/18 et 6/60.
  • Sévère – acuité visuelle comprise entre 6/60 et 3/60.
  • Cécité – acuité visuelle inférieure à 3/60.

Ainsi, il n’y pas UN mais DES handicaps visuels qui varient en fonction du type et de la sévérite de la difficulté visuelle. 

Ces différentes difficultés ont des conséquences plus ou moins sévères sur certaines capacités liées à la fonction visuelle comme :

– La lecture et l’écriture 

– Les activités de la vie quotidienne

– La communication 

– L’évaluation de l’espace et les déplacements 

– La poursuite d’une activité exigeant le maintien prolongé de l’attention visuelle.

Chaque personne aveugle ou malvoyante aura un degré de vision différent et donc des besoins différents. Certains peuvent avoir une vue complète alors que d’autres ne pourront rien voir. Des supports, tels que la canne blanche ou le chien guide peuvent être utilisées par des personnes aveugles ou malvoyantes, mais cela n’est pas systématiques. Ce sont des choix effectués par les personnes qui se reposent sur leurs besoins et leurs convictions.

Conseils pour intégrer la cécité et la malvoyance dans le monde du travail

Organisation

– Coordonnez–vous avec vos collègues pour avoir vos affaires au même endroit. Demandez à être prévenu si elles sont déplacées.

– Échangez avec vos collègues dont la manière dont vous préférez être guidé (si besoin)

– Demandez les informations clés pour vous repérer au sein du service (interlocuteurs) et au sein de l’entreprise. Si vous le souhaitez, vous pouvez le demander sous un format audio

– Demander l’ensemble des aménagements matériels, techniques et d’accompagnement qui vous semblent nécessaires pour réaliser vos tâches:

  1. Un écran plus grand et plus lumineux pour pouvoir voir facilement le contenu.
  2. Un logiciel de synthèse vocale pour retranscrire à l’écrit ce que vous dîtes à l’oral et retranscrire à l’oral ce qui est écrit.
  3. Un logiciel d’agrandissement pour faciliter le zoom sur l’écran.
  4. D’autres outils pour rendre le quotidien plus agréable (Des claviers adaptés, des tablettes brailles).

Communication

– Les réunions:

  1. Demandez un tour de table au début d’une réunion pour que vous sachiez qui est présent et où ils se situent dans la salle.
  2. Selon vos besoins, vous pouvez demander que le texte soit gros ou zoomé, ou demander que le contenu soit décrit précisément à l’oral.

– La communication avec les collègues:

    1. Précisez si vous souhaitez être touché sans être prévenu
    2. Précisez à vos collègues comment vous préférez être placé par rapport à eux, lorsque vous échangez
    3. Précisez à vos collègues que si plusieurs personnes parlent à la fois, cela peut être plus compliqué pour vous d’identifier la personne qui parle.
    4. Précisez que lorsqu’une personne vous adresse la parole, il peut être plus simple qu’elle indique son prénom 
    5. Demandez à être prévenu lorsqu’une personne qui travaille à côté de vous s’absente et quand elle revient

    Attention, il y a de nombreux degrés de handicap visuel. Ainsi, les candidats n’auront pas les mêmes besoins. Voici des lignes directrices qui pourront être ajustées selon vos collaborateurs

    Communication

    – Lorsque vous vous adressez à la personne aveugle, précisez bien que vous vous adressez à elle

    Ne touchez jamais la personne soudai­nement, sans lui en demander la permission, sauf en cas d’urgence. Si vous lui offrez de l’aide, attendez qu’elle vous permette de le faire.

    – Lors d’une réunion,

    a. si la personne est aveugle, vous pouvez décrire le contenu

    b. si la personne est malvoyante, vous pouvez mettre le contenu dans un format adapté

    – Permettre à la personne de prendre la parole en réunion en mentionnant clairement son nom

    – Assurez–vous que vous faites passer l’ensemble de vos messages à l’oral

    Prévoir une alternative s’il y a des présentations par rétroprojecteur. En très grande majorité les personnes malvoyantes et aveugles ne peuvent pas pas prendre connaissance des informations sur rétroprojecteur (réunion par exemple). Des solutions peuvent être l’accès à un ordinateur portable pour avoir accès au contenu ou alors privilégier au maximum l’oral

    – Lors d’un échange en groupe, effectuer un tour de table pour la personne aveugle ou malvoyante puisse se repérer

    Ne parlez pas plus fort, les décibels ne compenseront pas l’échange de regard. Les personnes déficientes visuelles entendent en général très bien

    – Quand vous croisez votre collègue, dites–lui « bonjour, je suis un tel » car s’il reconnaît votre voix dans l’enceinte du service, il peut être surpris de vous rencontrer ailleurs.

    – Quand vous vous éloignez quelques instants ou que vous répondez à votre téléphone qui vibre silencieusement dans votre poche, prévenez–le de votre départ et de votre retour pour lui éviter de continuer à parler dans le vide. Refermez les portes derrière vous ou laissez–les grandes ouvertes si c’est l’usage mais surtout pas entrouvertes, position dans laquelle une personne déficiente visuelle risque de se cogner et se blesser le visage

    Organisation

    – Permettre à la personne malvoyante ou aveugle d’avoir ses affaires au même endroit. Elle doit être prévenue si vous les déplacez.

    – Echanger avec votre collègue aveugle ou malvoyant sur la manière dont il/elle préfère être guidée

    Cécité, malvoyance et Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé

    Qu’est-ce  qu’est la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé ?

    La cécité et la malvoyance sont reconnues comme un handicap par la Maison des Personnes Handicapées (MDPH). Ainsi, une personne sourde et aveugle est éligible à la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). La RQTH est la reconnaissance administrative du handicap. Il ne faut pas hésiter à faire la demande de RQTH si vous pensez que cela peut vous être bénéfique.

    Quels  sont les avantages?

    La RQTH n’est pas obligatoire. Cependant, elle est importante car elle permet:

    – de bénéficier d’aménagements d’horaires pour les rendez-vous médicaux et thérapeutiques.

    – de bénéficier d’avantage lors du recrutement au sein de certaines entreprises. Les entreprises sont soumises à un quota de 6% d’employés ayant une RQTH. Certaines politiques de recrutement sont  avantageuses envers les personnes ayant la RQTH afin d’atteindre ces quotas.

    – de bénéficier de la mise en place d’aménagements de poste tels que recommandés par la médecine du travail

    – d’accéder à des services et des aides financières de l’AGEFIPH (L’organisme de l’état en charge des personnes handicapées dans une structure privée) ou du FIFPH (L’organisme de l’état en charge des personnes  handicapées dans une structure publique)

    – de bénéficier de règles particulières en cas de rupture de contrat de travail, comme le doublement de la durée du préavis de licenciement.

    – d’accéder à des stages de réadaptation et de  rééducation professionnelle en cas d’inaptitude à votre ancien métier.

    Comment demander sa RQTH ? Pour demander sa RQTH, il faut remplir un dossier à envoyer à la MDPH départementale. Le dossier est détaillé ici

    Quand est-ce qu’il est possible de faire la demande de RQTH ? La demande de RQTH est une grande étape. Elle reconnaît administrativement le handicap. Il n’est pas toujours facile de faire une demande de RQTH. Certaines personnes aveugles ou malvoyantes vont se considérer en situation de handicap, d’autres non. L’avantage de la RQTH, c’est qu’elle protège et qu’elle incite les entreprises à adapter l’environnement de travail au besoin de la personne.

    L’autre difficulté, c’est que le handicap peut être considéré comme quelque chose de personnel que certaines personnes ne veulent pas partager avec l’ensemble de l’entreprise. Il est important de noter que la RQTH est CONFIDENTIELLE. Il est possible de la partager uniquement au médecin du travail, qui fera le nécessaire pour adapter le poste. Il n’y a aucune obligation d’en parler au responsable handicap de l’entreprise ou aux ressources humaines, même si cela peut aider pour avoir un suivi au quotidien.

    Le handicap visuel est reconnu comme un handicap par la MDPH. Ainsi, une personne aveugle ou malvoyante est éligible à la RQTH, ce qui comptabilise les personnes aveugles ou malvoyantes dans le quota de 6%. La personne peut également demander sa RQTH lorsqu’elle est employée dans votre entreprise. La demande prend au maximum 6 mois.

    Aménagements possibles pour aider la personne aveugle ou malvoyante

    Aménagement matériel

    • Un éclairage adéquat permettant d’aider la personne malvoyante ou aveugle tout en limitant sa fatigue. Il faut que ce soit le cas sur son poste mais aussi sur les passages qu’elle emprunte quotidiennement (exemple: installer des lampes réglables en intensité et en température de couleur ou installer des stores pour limiter la lumière naturelle)
    • Ecran d’ordinateur : pour les malvoyants la position de l’écran par rapport au(x) fenêtre(s) est essentiel, éviter au maximum les reflets. La taille de l’écran peut varier pour les malvoyants (en fonction du besoin), le logiciel le plus utilisé est le grossissement d’écran (zoom) couplé avec une synthèse vocale pour la lecture d’écran (plus particulièrement pour les personnes aveugles). L’utilisation de la synthèse vocale au quotidien demande un lieu calme et pas un open space bruyant 
    • Autre matériel informatique : Des claviers adaptés, des tablettes brailles, des logiciels de synthèse vocal, des filtres anti–éblouissement, un téléagrandisseur et une loupe électronique

    Accompagnement

    • Selon le handicap visuel, la personne aveugle ou malvoyante peut avoir besoin d’un support pour se déplacer. Cela peut se faire en utilisant un chien guide, une canne blanche ou un collègue. 

    Pour des aménagements exhaustifs, vous pouvez consulter la fiche réalisée par l’AGEFIPH

    II. Cécité, malvoyance et entretiens

    L’entretien est un exercice ayant des enjeux multiples, pour le candidat et pour l’entreprise. Lorsque le handicap entre en jeu, l’évaluation et la prise de décision sont complexifiées. Le candidat, a pour sa part l’appréhension que son handicap visuel lui bloque des opportunités.

    Avant l'entretien

    L’entretien est un exercice compliqué, car c’est un exercice où la manière dont on interagit avec le recruteur est importante. Cependant, vous êtes tout à fait capable de briller pendant cet exercice !

    Déclarer ou non sa cécité ou sa malvoyance

    La déclaration de la cécité ou de la malvoyance (dans le CV, dans la lettre de motivation) est votre droit avant ou pendant l’entretien. Il n’y a aucune obligation. Déclarer sa cécité ou sa malvoyance dans le CV ou la lettre de motivation permet aux recruteurs de mettre les aménagements nécessaires dès les entretiens. La déclaration avant l’entretien permet d’être franc sur sa cécité ou sa malvoyance et de ne pas avoir à surcompenser pour cacher ou limiter son bégaiement.

    Si vous ne parlez pas du bégaiement dans votre CV ou votre lettre de motivation, vous pouvez en parler lorsque les ressources humaines vous contactent pour planifier l’entretien.

    L’inconvénient principal est qu’il y a encore de nombreux préjugés. Le but de cette page est de limiter les préjugés. L’avantage de parler de la cécité ou de la malvoyance avant l’entretien est que cela permet à l’entreprise de vous prévoir du temps supplémentaire si nécessaire. En parler permet aussi d’être moins concentré sur le bégaiement, car le recruteur sera déjà au courant, il sera donc moins surpris.

    Vous trouverez ici notre guide sur la déclaration du handicap dans le monde de l’entreprise.

    Préparer son entretien

    Se renseigner

    – Se renseigner sur l’entreprise (quelles sont ses activités ? Quelles sont les dernières actualités ?)

    – Se renseigner sur le travail pour lequel vous avez un entretien. Si elle est disponible, vous pouvez lire la fiche de poste et vous renseigner sur les compétences demandées et sur les tâches à faire.

    Demander les informations

    – S’assurer d’avoir l’ensemble des informations pour accéder aux locaux de l’entreprise. Si vous avez besoin d’aménagements pour accéder aux locaux, précisez–les en amont.

    – Demander aux recruteurs quelle est la tenue vestimentaire requise. Si la tenue demandée ne vous met pas à l’aise, vous pouvez demander à mettre une tenue qui vous rend à l’aise.

    – Demander aux recruteurs avec qui vous allez passer les entretiens. Vous pouvez ensuite vous renseigner sur vos interlocuteurs en amont (en regardant sur LinkedIn notamment).

    – Demander aux recruteurs quel est le format de l’entretien. (Entretien avec une personne, étude de cas, entretien en groupe, plan d’accès, etc.).  Cela vous permettra de vous préparer au mieux et de prévenir le recruteur avant les entretiens si l’un des formats d’entretien peut être plus compliqué pour vous. Par exemple; s’il y a des tests écrits ou nécessitant de la lecture, précisez les aménagements dont vous avez besoin.

    Préparer ce qu’on va dire sur soi

    Le recruteur pourra vous demander de vous présenter et vous poser des questions sur vos motivations, vos forces et compétences et vos expériences passées.

    Se présenter : Vous pouvez donner votre prénom, votre nom, dire quelles études vous avez faites et parler en 1 phrase (20 à 30 mots maximum) de l’une de vos passions

    Les motivations : Lister au maximum 3 raisons de votre motivation. Il est important de développer vos motivations en 2 phrases courtes. Ces phrases peuvent répondre à la question « pourquoi cette motivation »)

    Les forces et les compétences : Vous pouvez lister vos 3 points forts principaux pour ce poste. Cela peut être vos compétences (en code, en graphisme, en maths etc.) ou des traits de votre personnalité (courageux, persévérants etc.). Vous pouvez illustrer ces forces avec un exemple à chaque fois

    Les expériences passées : L’employeur va vous demander de présenter 1 ou 2 expériences que vous avez eues. Cela peut être des expériences professionnelles, associatives, sportives ou étudiantes (projet à l’université). Pour chaque expérience, vous pouvez

    1. Décrire ce que vous avez fait
    2. Décrire le résultat de ce que vous avez fait
    3. Décrire ce que votre travail vous a apporté et appris.

      Parler de sa cécité ou de sa malvoyance pendant l’entretien

      Parler de son bégaiement est quelque chose de très personnel. Pouvoir en parler avec un recruteur peut :

      1. Créer un lien avec le recruteur. Vous partagez quelque chose de très personnel. Vous partagez une partie de votre vulnérabilité. C’est quelque chose qui touche les personnes et permet de créer un lien au-delà de l’entretien
      2. Permettre aux recruteurs de mieux vous comprendre et de comprendre la cécité et la malvoyance.

      À quel moment en parler ? :

      Au début de l’entretien ou à la fin de l’entretien

      Comment en parler ? :

      – Factuellement : dire ce que ça implique pour vous en termes de compétences et de difficultés

      – Positivement : le dire factuellement, en ajoutant une phrase sur ce que le bégaiement vous apporte. Le bégaiement permet de développer plein de compétences qui peuvent être très utiles dans le monde du travail.

      Dans le cadre d’un entretien, il est souvent difficile d’aller au–delà d’une différence telle que le handicap visuel. Si la personne a été reçue en entretien, cela signifie qu’elle a un profil qui correspond à vos attentes. Malgré toutes les compétences qu’on peut voir, nous avons tendance à privilégier les candidats non handicapés à des candidats différents.

      Avant toute chose, préciser au candidat que s’il a un handicap, il peut le partager en amont, et cela est important afin que l’entretien soit adapté et que le recruteur puisse se préparer et se renseigner.

      Attention, il y a de nombreux degrés de handicap visuel. Ainsi, les candidats n’auront pas les mêmes besoins. Voici des lignes directrices qui pourront être ajustées selon les candidats

      – Si vous savez en amont que le candidat est malvoyante ou aveugle, 

      1. Soyez aussi clair que possible sur les conditions d’accès aux locaux et les itinéraires possibles en vous assurant des aménagements nécessaires . Vous pouvez notamment envoyer un vocal expliquant les directions pour arriver au lieu de l’entretien, envoyer un plan d’accès qui est agrandi.
      2. Préciser le format de l’entretien en amont
      3. Se coordonner avec le candidat pour identifier les aménagements nécessaires. Faites attention au format des entretiens. Pour les entretiens où il y a des textes et/ou des tests écrits, il faut s’assurer des ajustements nécessaires (textes zoomés + temps supplémentaire si nécessaire, transcription orale du texte). Pour les entretiens avec plusieurs personnes, il faudra penser à préciser la localisation de chaque personne
      4. Réserver une salle avec un minimum de bruit pour que le candidat puisse vous entendre au mieux
      5. Préciser à la personne qui va faire passer l’entretien de lire la partie ci–dessous “pendant l’entretien”
      6. Prévoir une alternative s’il y a des présentations par rétroprojecteur. En très grande majorité les personnes malvoyantes et aveugles ne peuvent pas pas prendre connaissance des informations sur rétroprojecteur (réunion par exemple). Des solutions peuvent être l’accès à un ordinateur portable pour avoir accès au contenu ou alors privilégier au maximum l’oral

      Voici quelques pistes supplémentaires à préparer avant l’entretien pour juger le candidat de la manière la plus objective possible :

      – Avant de prendre en compte le handicap visuel du candidat, a–t–il les compétences nécessaires pour le poste ?

      – Peut–on adapter le poste à son handicap visuel? Voir la section aménagement. 

      – Les tâches peuvent–elles être faites différemment ? Certaines tâches du poste pourront être tout aussi bien réalisées par la personne dyslexiue si une approche correspondant à ses spécificités est permise. 

      – Est–ce que les compétences limitées par le handicap visuel sont compensées par celles que le handicap visuel développe ? Lors de l’entretien, posez des questions positives sur le handicap visuel (les plus grandes victoires avec le handicap visuel , ce que le handicap visuel peut apporter). Cela aura un bénéfice pour vous, car il vous permettra d’appréhender le handicap visuel comme autre chose qu’une contrainte, et pour le candidat, cela pourra le mettre en confiance et le rassurer.

      Pendant l’entretien

      Conseils généraux

      – Soyez à l’entretien 10 minutes en avance.

      – Mettez votre téléphone en silencieux.

      Conseils pour l’entretien

      – Le regard est un canal de communication clé. Si vous ne maintenez pas le regard pour une raison liée à votre cécité ou malvoyance, vous pouvez parler de votre différence ou tout simplement expliquer « il est possible que je ne maintienne pas constamment le regard ».

      – Si vous avez besoin de porter des lunettes de soleil pendant l’entretien, précisez que c’est pour des raisons médicales

      – Faites attention à votre langage non verbal (expression du visage, des mains, du corps, et du ton de la voix). Le message passe par tous les canaux, il est clé d’avoir conscience de son langage non-verbal au-delà du simple fond (ce qu’on va dire)

      – Ne vous précipitez pas pour répondre à une question, prenez votre temps. Si besoin, dites que vous avez besoin de quelques secondes supplémentaires. Le plus important c’est que vous soyez satisfaits de votre réponse.

      – Préciser, en début d’entretien, les ajustements spécifiques dont vous pourriez avoir besoin pour vous assurer que le recruteur à toutes les informations. N’hésitez pas à signaler quand une situation peut s’avérer plus compliquée pour vous (texte à lire, tests écrits avec temps limité, plusieurs personnes présentes lors de l’entretien). L’entretien peut être adapté, en proposant du contenu que vous pouvez lire ou en modifiant le format pour qu’il vous convienne au mieux. C’est votre droit de le dire et c’est le devoir du recruteur de faire en sorte que vous soyez dans les meilleures conditions.

      – Si vous ne comprenez pas une question, ne paniquez pas. Demandez à votre interlocuteur de la répéter.

      – Ne basez pas votre impression sur le handicap visuel, mais sur l’ensemble de l’échange avec la personne aveugle ou malvoyante.

      – Parlez clairement. Prenez votre temps et assurez–vous de la compréhension du candidat.

      – S’il y a plusieurs personnes dans la salle, indiquez qui est qui en termes d’emplacement par rapport au candidat

      Prévoir une alternative s’il y a des présentations par rétroprojecteur. En très grande majorité les personnes malvoyantes et aveugles ne peuvent pas prendre connaissance des informations sur rétroprojecteur (réunion par exemple). Des solutions peuvent être l’accès à un ordinateur portable pour avoir accès au contenu ou alors privilégier au maximum l’oral

      – S’il y a des textes écrits, des productions écrites ou des tests écrits, s’assurer que le candidat a les aménagements nécessaires (Texte en gros, temps supplémentaire, retranscription orale).

      – Si un déplacement est nécessaire dans la salle, vous pouvez décrire la salle et la manière dont elle est aménagée.

      – Si vous vous déplacez dans la salle, précisez–le afin que le candidat ne soit pas surpris

      S’intéresser à ce que son handicap lui a permis de faire. Les aventures vécues sont une mine d’or pour apprendre à connaître la personne et découvrir toutes ses compétences. Attention, certaines personnes seront moins ouvertes à ce sujet, dans ce cas, respectez leur retenue.

      Pensez à être transparent avec votre interlocuteur. S’il vous parle de son handicap visuel, soyez honnête quant à votre position à ce sujet. Si vous avez des doutes, demandez au candidat des exemples de situations similaires à celles qu’il rencontrera sur le poste.

      Si vous pensez que la personne est malvoyante ou aveugle mais n’ose pas le dire, vous pouvez demander si la personne a la RQTH, vous pouvez mettre la personne à l’aise et montrer que le handicap n’est pas un tabou. Par contre, il n’est pas autorisé de demander à une personne si elle un handicap précis. comprendre et répondre à la question.

      – Laissez le temps au candidat pour comprendre et répondre à la question.

      III. Cécité, malvoyance et travail

      Le quotidien au travail est composé de tâches professionnelles, et de l’ensemble des échanges formels et informels entre collègues. Le handicap visuel peut ainsi se révéler être un vrai défi, à la fois pour les collègues et pour la personne elle-même.

      Intégration au travail

      Le handicap visuel peut demander de fortes compensations au quotidien qui fatiguent et prennent une partie importante de l’énergie. Votre différence peut se ressentir, c’est pour cela qu’il est important d’expliquer pourquoi vous êtes différent. Le dire de vive voix est compliqué, car nous partageons quelque chose de (très) personnel avec un.e inconnu.e.

      Pour des conseils sur le quotidien au travail, regarder la section de la première partie.

      Informer de son handicap visuel

      Vous pouvez informer votre entreprise de votre handicap visuel par différents canaux (écrit ou oral) et différentes personnes (ressources humaines, manager, collègue, médecin du travail etc)

      Vous trouverez ici notre guide complet sur parler de son handicap ici

      La sensibilisation de l’équipe

      Certaines personnes vont être amenées à travailler avec vous tous les jours. Leur donner des informations précises sur le handicap visuel et surtout, sur votre handicap visuel, permettra de mieux comprendre votre différence et de faciliter la collaboration au quotidien. Pour sensibiliser votre équipe, vous pouvez :

      – Partager cette page.

      – Une présentation peut être faite à votre équipe. Elle peut être faite par quelqu’un de l’extérieur, par quelqu’un de l’entreprise ou par vous–même si vous le souhaitez. 

      S’affirmer au travail:

      Le monde du travail est exigeant. Le handicap visuel implique de s’épanouir dans ce monde avec une différence. Il ne faut pas hésiter à dire ce qui vous gêne ou à demander ce que vous voulez, car si vous ne le faites pas, personne ne le fera pour vous. Il est vrai que c’est souvent assez compliqué, mais il ne faut pas hésiter car c’est votre droit.

      – Certaines tâches peuvent ne pas être attribuées à une personne malvoyante ou aveugle car les collègues peuvent estimer que celles–ci seront plus compliquées. Si vous souhaitez réaliser ces tâches, demandez–le clairement à votre supérieur.

      – Si vous souhaitez prendre la parole mais que vous n’arrivez pas à la prendre, communiquez–le, soit dans le chat de la réunion, soit à l’oral, quitte à interrompre la réunion pour un court instant.

      Organisation

      – Coordonnez–vous avec vos collègues pour avoir ses affaires au même endroit. Demandez à être prévenu si elles sont déplacées.

      – Echanger avec vos collègues dont la manière dont vous préférez être guidé (si besoin)

      – Demander les informations clés pour vous repérer au sein du service (interlocuteurs) et au sein de l’entreprise. Si vous le souhaitez, vous pouvez le demander sous forme écrite

      – Demander l’ensemble des aménagements matériels, techniques et d’accompagnement qui vous semblent nécessaires pour réaliser vos tâches

      Communication

      – Préciser à vos collègues les codes de communication qui sont les plus simples pour vous :

      1. Être touché sans être prévenu?
      2. Comment communiquer lors des réunions?
      3. Lorsqu’il y a plusieurs personnes dans la réunion, faut–il effectuer un tour de table?
      4. Quel type de contenu auriez–vous besoin de voir adapter lors des différentes réunions?
      5. Routine de communication – Demander à être prévenu quand un collègue proche géographiquement s’en va pour quelques minutes? Demander à ce que la dise son nom lorsqu’elle vous parle.

      Le handicap visuel peut surprendre les personnes non averties. Il peut également avoir un impact sur la vie sociale qu’il ne faut pas oublier. Si la personne aveugle ou malvoyante interagit de manière différente, cela peut être également en lien avec le handicap visuel . Il pourra être important d’en tenir compte au sein du travail d’équipe.

      Pour des conseils sur le quotidien au travail, regarder la section de la première partie.

      La sensibilisation de l’équipe 

      – Permettre à la personne malvoyante ou aveugle  de parler de son handicap visuel et de ce que cela implique pour elle, si elle le souhaite. Tout le monde n’est pas à l’aise dans cette situation.

      – Distribuer la première partie informative de ce guide à l’ensemble des membres de l’équipe.

      Intégration

      – Faire un point à l’oral avec les principaux contacts de référence au sein de l’entreprise (pour le matériel, pour le comité d’entreprise). Proposer un support écrit si elle le souhaite

      – Assigner un collègue de référence au sein de l’équipe afin de faciliter la communication. 

      Communication

      – Lorsque vous vous adressez à la personne aveugle, précisez bien que vous vous adressez à elle

      Ne touchez jamais la personne soudai­nement, sans lui en demander la permission, sauf en cas d’urgence. Si vous lui offrez de l’aide, attendez qu’elle vous permette de le faire.

      – Assurez–vous que vous faites passer l’ensemble de vos messages à l’oral

      Ne parlez pas plus fort, les décibels ne compenseront pas l’échange de regard. Les personnes déficientes visuelles entendent en général très bien

      – Quand vous croisez votre collègue, dites–lui « bonjour, je suis un tel » car s’il reconnaît votre voix dans l’enceinte du service, il peut être surpris de vous rencontrer ailleurs.

      – Quand vous vous éloignez quelques instants ou que vous répondez à votre téléphone qui vibre silencieusement dans votre poche, prévenez–le de votre départ et de votre retour pour lui éviter de continuer à parler dans le vide. Refermez les portes derrière vous ou laissez–les grandes ouvertes si c’est l’usage mais surtout pas entrouvertes, position dans laquelle une personne déficiente visuelle risque de se cogner et se blesser le visage

      En réunion

      – Lors d’une réunion,si la personne est aveugle, vous pouvez décrire le contenu si la personne est malvoyante, vous pouvez mettre le contenu dans un format adapté

      – Permettre à la personne de prendre la parole en réunion en mentionnant clairement son nom

      – Lors d’un échange en groupe, effectuer un tour de table pour la personne aveugle ou malvoyante puisse se repérer

      Organisation

      – Permettre à la personne malvoyante ou aveugle d’avoir ses affaires au même endroit. Elle doit être prévenue si vous les déplacez.

      Échanger avec votre collègue aveugle ou malvoyant sur la manière dont il/elle préfère être guidée

      Échanger avec votre collègue aveugle ou malvoyant pour s’assurer qu’il a tout le matériel nécessaire pour travailler confortablement

      Evoluer au travail

      Trouver un emploi et s’intégrer dans le monde professionnel sont les premières étapes d’une grande aventure. Il y a plusieurs étapes clés qui suivent :

      • Valider la période d’essai
      • Être évalué sur le travail effectué
      • Être promu

      Travailler avec une personne avec dyslexie, c’est travailler avec une personne qui a des besoins spécifiques. Ces besoins spécifiques ne modifient en rien les compétences et les capacités de travail de la personne, ils nécessitent uniquement eu peu plus de flexibilité. De nombreux conseils et aménagements ont été proposés dans la première partie. L’enjeu est que les personnes avec dyslexie puissent être évaluées lors des étapes clés de manière équitable. Ainsi, il est envisageable d’atteindre moins sur certains aspects (notamment les aspects interpersonnels) mais plus sur d’autres aspects (notamment les aspects techniques).

      Mettre en avant les compétences

      Le handicap visuel est souvent considéré comme une contrainte. Les technologies actuelles donnent aux personnes aveugles ou malvoyantes les outils nécessaires afin de travailler. L’un des principaux défis est surtout d’accepter que chaque personne a son fonctionnement propre. Une personne aveugle ou malvoyante sera capable de faire n’importe quel travail, si des aménagements simples sont mis en place.

      De plus, nous oublions souvent de voir l’aspect constructif de Le handicap visuel. Les défis quotidiens ne peuvent être niés. Ces défis quotidiens et ces manières différentes d’appréhender le monde, forgent et développent des compétences insoupçonnées :

      Adaptation : c’est la capacité à analyser la situation et à ajuster ses choix en fonction de l’état actuel. Une personne aveugle ou malvoyante doit fréquemment analyser et comprendre la situation afin de prendre la bonne décision. Dans le milieu professionnel, cette compétence permet d’être ouvert aux changements, de pouvoir prendre rapidement des décisions et de s’adapter quand cela est nécessaire. Dans un monde professionnel où les choix doivent être immédiats et où les connaissances évoluent de jour en jour, cette compétence est clé.

      Ecoute: La communication orale étant le canal de communication le plus accessible pour les personnes aveugles ou malvoyantes, elles développent en général une bonne capacité d’écoute et de mémoire auditive qui peut permettre de mémoriser et de comprendre un sujet grâce aux échanges oraux

      Confiance : La personne malvoyante ou aveugle peut avoir besoin d’autrui pour des tâches “simples” (Se déplacer dans l’entreprise, trouver un objet). Cela implique une confiance envers autrui et les informations qu’il partage. Cette confiance est clé dans des milieux professionnels où la cohésion entre coéquipiers est clé.

      Persévérance : C’est la capacité à ne jamais abandonner et à s’entêter à finir une tâche.

      Ces compétences ne sont pas si évidentes en réalité. Elles nécessitent un environnement accueillant où la personne aveugle ou malvoyante a toute sa place et où elle n’est pas mise à l’écart de par sa différence.

      La Personne aveugle ou malvoyante se doit également d’oser faire face aux situations qui lui sont difficiles avec sa différence afin afin de montrer qu’elle est bien plus qu’une Personne aveugle ou malvoyante : c’est une personne avec un vécu propre, qui lui permet de développer des compétences qui lui sont propres et qui sortent de l’ordinaire. 

      La condition pour faire éclore ces compétences est l’acceptation de la différence, qu’elle soit sienne ou celle d’un collègue. L’élément crucial est de ne pas limiter les responsabilités de la personne aveugle ou malvoyante de par son handicap. Au contraire, il faut lui donner l’opportunité d’aller au-delà si elle le souhaite, sans la forcer.

      La cécité et la malvoyance au travail au-delà des préjugés

      Une personne aveugle ou malvoyante peut atteindre ses rêves, même les plus “irréalistes”. Certes, le chemin sera plus sinueux, mais les difficultés rencontrées font également partie de la richesse du Handicap visuel et de ce qu’il apporte à la personne aveugle ou malvoyante et à celles qui la côtoient. 

      Certaines Personnes aveugles ou malvoyantes sont de brillants scientifiques, d’autres sont dirigeants d’entreprise , d’autres sont des artistes ou des acteurs. De nombreuses personnes aveugles ou malvoyantes sont parmi nous, et se sentent limités par leur différence, de par la manière dont ils l’appréhendent et dont notre société la représente.

      En allant au-delà des préjugés, nous permettons aux personnes souvent stigmatisées d’avoir le droit de rêver et de réaliser leurs ambitions. Nous mettons également à la disposition de notre société des compétences que nous avons trop longtemps ignorées. Nous nous concentrons sur ce qui n’est pas possible de faire, alors que nous pouvons nous intéresser aux actions qui peuvent être réalisées d’une manière différente.

      Srikanth Bolla, un entrepreneur indien né en 1992, prouve que la faculté la plus importante est de croire en ses rêves. Srikanth Bolla est aveugle depuis son enfance. Dans le système scolaire Indien, les aménagements furent compliqués. Étant refusé dans l’une des meilleures universités indiennes, il postule à de grandes universités américaines et devient le premier étudiant aveugle du MIT (Université américaine avec la même réputation que Harvard). A la fin de ses études, il crée Bollant industries, une entreprise de production de packaging respectueuse de l’environnement. A 28 ans, il gère plusieurs dizaines d’employés.