L'Autisme

L’objectif de ce guide est de donner à toutes les personnes autistes des outils afin qu’elles exploitent pleinement leurs capacités au service de leurs ambitions professionnelles.

Ce guide a été rédigé avec l’aide d’Autsiconsult et en particulier Flora Thiébaut, et l’aide de Laurence Moszkowicz.

I. L'autisme dans le monde professionnel

Le spectre autistique, qu’est-ce que c’est ?

L’autisme est une particularité neurodéveloppementale qui influence la perception, la cognition et les émotions d’une personne. Ses 2 caractéristiques sont :

– Des difficultés ou différences qualitatives au niveau de la communication et des interactions sociales

– La tendance à développer des activités ou centres d’intérêt marqués, répétitifs et souvent restreints, en tout cas très investis

Une autre caractéristique est présente chez la majorité des personnes autistes :

– Une sensorialité atypique, marquée par des hypersensibilités (sensorialité exacerbée au bruit, à la lumière, aux odeurs…) ou des hyposensibilités (plutôt au froid ou à la douleur)

L’autisme touche entre 1 et 2% de la population mondiale. Une partie des personnes autistes (30%), a un handicap intellectuel associé à son autisme, mais 70% montrent un niveau intellectuel normal ou supérieur. Ces statistiques sont à prendre avec réserves car elles sont basées sur des outils d’évaluation cognitive ordinaires tels que les échelles de Wechsler, qui sont développées sur des populations non-autistes et ne sont pas adaptés aux particularités des personnes autistes, et sous-évaluent très certainement leur véritable potentiel.

L’autisme n’est en aucun cas une maladie, c’est une condition. On ne guérit pas de l’autisme, on garde ses particularités de fonctionnement cognitif toute sa vie. En revanche, le degré d’adaptabilité d’une personne autiste et son accès au “bonheur” sont fluctuants, peuvent évoluer tout au long de sa vie, et dépendent très fortement du degré d’adaptabilité de son environnement à ses particularités.

Le diagnostic de Trouble de Spectre de l’Autisme est posé lorsque les 2 premières caractéristiques décrites ci-dessus sont confirmées, et que les conséquences de ces caractéristiques ont un impact négatif sur le bien-être psychologique de la personne (dépressions, anxiété…), ou sur sa vie professionnelle, personnelle ou sociale. Le diagnostic clinique a pour but l’accès à une aide adaptée, spécialisée. Mais certains cliniciens, tels que le Prof. Tony Attwood, spécialiste de l’autisme de haut niveau et du syndrome d’Asperger, retire le diagnostic de Trouble du Spectre de l’Autisme lorsqu’ils considèrent que leur patient n’a plus de troubles liés à son autisme. L’autisme n’empêche rien en soi : ni le bien-être psychologique, ni de mener une vie satisfaisante au niveau personnel comme professionnel. C’est lorsque l’environnement de la personne et ses caractéristiques autistiques sont incompatibles que la souffrance ou la situation de handicap se fait sentir.

L’autisme a 3 impacts principaux sur le monde du travail. Il faut noter que chaque personne montre un profil unique, ces 3 impacts peuvent donc être plus ou moins marqués :

– La communication interpersonnelle. De nombreuses personnes autistes ont des difficultés à comprendre la communication non verbale : insinuations, second degré, sarcasme, ironie, intonations, mimiques… Elles utilisent rarement ce type de communication, et les signaux non verbaux qu’elles transmettent peuvent être interprétés par les personnes non-autistes comme des messages alors qu’ils n’en sont pas. Ainsi, leurs réponses et attitudes peuvent paraître directes ou inadéquates. Cela affecte donc la manière de communiquer et de socialiser avec les collègues, les supérieurs et les clients. De plus, les personnes autistes peuvent avoir un intérêt spécifique. C’est un sujet spécifique auquel ils vont s’intéresser de manière très précise. Cela peut être un sujet général (tel que l’art) ou un sujet très précis (tel que les hélices d’hélicoptère).

Une personne autiste peut :

Ne pas comprendre une consigne si elle n’est pas explicitement verbalisée ;

Se restreindre à une compréhension littérale de ce qui est dit ;

Avoir tendance à être franche et directe quel que soit le profil de son interlocuteur ou son poste dans l’entreprise ;

Énormément parler de ses intérêts spécifiques sans se rendre compte si elle ennuie son interlocuteur ;

Parler avec un débit très rapide ou très lent et avec une tonalité particulière (qui peut être perçue au premier abord comme un accent).

Avoir un regard atypique (ne pas regarder dans les yeux, ou regarder trop fixement dans les yeux…)

La plupart des personnes autistes ont une appétence sociale comparable à celle des non-autistes, mais le contact social étant plus éprouvant et fatiguant pour elles, elles peuvent avoir besoin de se ressourcer régulièrement et ne pas autant participer à la vie sociale de l’entreprise pour préserver leur énergie.

– L’organisation et la planification. Les personnes autistes ont une perception cognitive qui a un biais local. C’est-à-dire qu’elles ont tendance à percevoir les détails plus facilement que le global. Elles peuvent également avoir des difficultés à se projeter (dans un autre espace, dans l’avenir…). Ainsi, certaines personnes autistes vont avoir des difficultés à prioriser, savoir comment commencer une tâche, estimer le temps nécessaire pour sa réalisation, être multitâche et à être fréquemment interrompu dans leur activité. Elles peuvent poser beaucoup de questions ou s’intéresser à des détails spécifiques. Il est important d’être clair et d’expliquer quand une situation change car ce comportement spécifique peut parfois impliquer une certaine rigidité.

– L’hypersensibilité, l’hyposensibilité et les défis de coordination motrice. Neuf personnes autistes sur 10 ont une hypersensibilité ou une hyposensibilité pour un ou plusieurs sens. Par exemple : la lumière (sa couleur et son intensité), l’odeur dans les bureaux (collègue qui sent le tabac, odeur de nourriture), et le toucher (tape amicale, serrer la main) peuvent affecter les personnes autistes. Certains pourront également avoir une hyposensibilité, notamment à la douleur (ne ressent pas la douleur) ou au froid (n’est pas sensible au froid). L’hyposensibilité a des impacts limités pour des emplois de bureau mais doit être un point de vigilance important pour des emplois en usine, sur des chantiers, etc. Moins fréquemment, des défis de coordination peuvent concerner l’écriture (la lisibilité et la qualité de celle-ci), pouvant rendre compliquée la prise de notes et rendre difficile la réalisation de certaines tâches manuelles (ex : plier une lettre).

Une personne autiste peut également avec des comorbidités (dyspraxie, anxiété, dépression etc.) rendant d’autant plus importante la création d’un environnement de travail permettant aux personnes autistes de montrer l’ensemble de leurs compétences et de s’épanouir.

Intégrer les personnes autistes dans le monde du travail

Une personne autiste est toute aussi compétente qu’une personne non-autiste. Une personne autiste a ses particularités de fonctionnement par rapport à une personne non-autiste. Il y a des compétences dans lesquelles elle peut briller, et d’autres dans lesquelles elle peut avoir plus de difficultés. Il est important de ne pas généraliser car cela dépend à la fois du diagnostic de la personne autiste et des traits propres à cette personne.

Cependant, il est important d’adapter le monde du travail aux personnes autistes. Souvent, les personnes autistes paraissent inadaptées au monde du travail car il leur est demandé d’agir d’une manière qui ne correspond pas à leur fonctionnement. Les personnes autistes sont des caméléons sociaux. Ils ont la particularité de savoir copier et reproduire. Ils peuvent essayer d’adapter leur comportement et leurs compétences à ce qui est attendu d’eux, dans un environnement donné, même si cela ne correspond pas à leur fonctionnement. Cela amène à de la surcompensation de la part des personnes autistes et peut entraîner une grande fatigabilité et des conséquences sur le travail en lui-même (qualité, stress accru etc.)

Des conseils simples et une légère flexibilité ont la capacité d’avoir un impact très positif sur les personnes autistes dans le monde du travail. Ces conseils sont d’autant plus efficaces lorsqu’ils sont adaptés au diagnostic et aux caractéristiques propres de la personne autiste.

Ci-dessous, il y a des conseils simples à destination des personnes autistes et des employeurs afin de faciliter l’intégration des personnes autistes dans le monde du travail.

Voici quelques conseils afin de gérer au mieux sa particularité dans le monde professionnel. Certains de vos besoins ne seront peut-être pas présents dans cette liste. Vous pouvez communiquer vos besoins spécifiques à votre employeur pour qu’il s’adapte au mieux. Si vous ne connaissez pas vos besoins spécifiques, vous pouvez faire appel à un professionnel (coach, psychologue… connaissant bien l’autisme) afin de les identifier. Il est utile d’identifier un collègue référent, de confiance, à qui vous pouvez facilement exprimer vos doutes et poser vos questions.

Organisation

– Les entreprises ont des règles, souvent implicites, valables pour tous les employés. Ces règles sont aussi appelées normes sociales. Elles concernent la manière de s’habiller, la manière de parler avec ses collègues, les heures auxquelles vous pouvez prendre des pauses.

Il y a aussi des règles qui sont spécifiques à votre équipe. Pour connaître ces règles, vous pouvez demander aux ressources humaines si un guide existe. Si le guide n’existe pas, vous pouvez noter dans un carnet ces règles que vous les observerez, ou demander à votre collègue référent de vous les exposer au fur et à mesure..

– Afin d’être au top de votre efficacité au travail, il est important de mettre en place un environnement ergonomique correspondant à vos besoins. Vous pouvez exprimer ces derniers aux RH afin de bénéficier d’éventuels aménagements (exemple : hypersensibilité au bruit = besoin d’un casque isolant et d’un bureau au calme. Hypersensibilité visuelle au mouvement = Orientation du bureau face au mur. Hypersensibilité à la lumière = Porter des lunettes de soleil dans l’open space).

– Vous pouvez demander à avoir un collègue référent au sein de l’équipe dans laquelle vous travaillez. Ce collègue pourra répondre à vos questions sur l’entreprise en général et sur les projets sur lesquels vous travaillez. Il pourra également vous rediriger vers les bonnes personnes quand cela est nécessaire.

– Si vous avez une question sur un projet sur lequel vous travaillez, il ne faut pas hésiter à la poser. Par exemple, vous pouvez demander à votre collègue référent. S’il ne sait pas vous répondre, vous pouvez lui demander de vous indiquer la personne qui saurait répondre à vos questions.

– Vous avez des points forts et des points faibles. Vous pouvez connaître personnellement ces éléments ou les avoir identifiés grâce à votre diagnostic ou un job coach. Il est important de partager à votre employeur vos points forts et vos points faibles, pour vous assurer de ne pas être dans une situation qui ne vous correspond pas.

– En entreprise, vous avez souvent des tâches à accomplir et une liste de choses à faire ou à finir pour une date précise. Parfois, il est difficile de s’en souvenir et de prioriser les tâches. Il est important de demander à votre référent ou à votre responsable les tâches à faire (même s’ils vous les ont déjà donnés), les dates auxquelles il faut les finir, et leur priorité. Vous pouvez marquer ces éléments sur des outils comme Evernote, OneNote ou Trello pour être sûr de vous vous en souvenir et faire le travail demandé dans les temps.

Communication

– Si vous avez une question sur comment poser des vacances, comment chercher des tickets-restaurants, comment bénéficier d’avantages, vous pouvez demander à votre collègue référent. S’il ne sait pas vous répondre, vous pouvez lui demander de vous indiquer la personne qui saurait répondre à vos questions.

– S’il y a une tâche ou un projet que vous souhaitez faire, n’hésitez pas à le communiquer, si besoin en demandant conseil à votre collègue référent. Attention, il est possible que la réponse soit non.

– Pour progresser, vous pouvez demander aux personnes avec lesquelles vous travaillez un feed-back écrit ou oral. L’objectif du feed-back c’est de vous dire ce que vous faites bien et ce que vous faites moins bien. Ce feed-back sert à avoir des informations pour comprendre ce que vous pouvez améliorer. Ils sont très importants pour progresser professionnellement.

– Les réunions sont des environnements où il est parfois difficile d’être à l’aise ou de prendre la parole. Vous pouvez demander si vous êtes indispensables à la réunion et si oui, vous pouvez demander que votre rôle soit précisé. Si votre présence n’est pas indispensable, vous pouvez partager votre point de vue et vos informations par écrit, avant la réunion.

– Si une tache que vous devez faire, une question que l’on vous pose, ou une phrase que l’un de vos collègues a dite, n’est pas claire pour vous, demander à la personne de répéter plus clairement, en précisant que c’est plus simple pour vous lorsque c’est explicite.

– La communication en entreprise a des codes et des règles qui sont souvent implicites :

– Il est important de regarder les gens afin de leur témoigner votre intérêt et attention à ce qu’ils disent, mais il ne faut pas les fixer tout le temps. Par exemple, sur 30 secondes vous pouvez les regarder 27 secondes et regarder autre chose pendant 3 secondes.

– Il ne faut pas parler à un responsable de la même manière qu’on parle à un collègue. Pour le responsable, il faut éviter de donner des ordres ou faire des remarques sur le travail du responsable. Pour le/la collègue, vous pouvez lui demander ce que vous pouvez lui dire et ce que vous devez éviter.

Intégration

– Dans certaines entreprises, il y a un code vestimentaire. Ce code vestimentaire ne vous conviendra peut-être pas. Si cela est le cas, vous pouvez en parler à votre responsable ou aux ressources humaines pour savoir si vous pouvez vous habiller d’une manière qui vous rend à l’aise.

– Dans une entreprise, il y a souvent des moments pour discuter avec des gens. Cela peut être à la machine à café, pour le déjeuner, pour des pauses. Il est possible que ces moments vous rendent mal à l’aise. Ils ne sont en aucun cas une obligation. Cependant, il est important de pouvoir échanger de temps en temps avec des personnes au sein de l’entreprise, même si ce n’est qu’une fois par semaine.

– Dans une entreprise, il y a parfois des traditions. Cela peut être des déjeuners d’équipe le même jour chaque semaine, aller dans un bar avec l’équipe le même jour chaque semaine, des soirées d’entreprise. Ces traditions peuvent vous rendre mal à l’aise car cela peut être dans des endroits bruyants et les conversations peuvent être sur des sujets qui ne vous intéressent pas. Quand cela est possible, vous pouvez en parler à votre équipe ou à votre responsable, pour trouver des conditions qui vous correspondent (exemple : être dans une salle calme pour déjeuner et être dans une salle calme dans un bar). Il n’y a également aucune obligation d’assister à ces événements, par contre, il est important de dire aux personnes de votre équipe pourquoi vous ne souhaitez pas venir pour qu’elles vous comprennent.

Chaque personne autiste a ses propres particularités. Pour être au plus proche de ses besoins, il faut échanger avec elle et comprendre ses besoins. Il est également recommandé (avec l’autorisation de l’employé autiste) d’informer les équipes des particularités liées à l’autisme par le biais, par exemple, d’une sensibilisation par un professionnel.

Vous trouverez ci-dessous une liste de conseils qui facilitent l’appréhension de l’autisme dans le monde du travail. Ces conseils seront à adapter selon la particularité et les besoins spécifiques de la personne.

Organisation

– Assigner un collègue de référence au sein de l’équipe afin de faciliter la communication. Ce collègue de référence pourra aider, son collègue autiste, à structurer ses tâches et à gérer les situations de communication compliquées.

– Mettre en place un environnement ergonomique correspondant aux besoins de la personne autiste. Certaines personnes autistes peuvent être hyper/hyposensible au bruit, à la lumière, aux odeurs, aux gens qui passent derrière etc. Cela requiert très souvent des adaptations très simples comme des bureaux face au mur, l’autorisation de porter des lunettes de soleil, un casque antibruit, ou une tenue vestimentaire moins stricte hors situation spécifique,

– Aider la personne à créer un « livre de règles » personnalisé qui contient les normes sociales présentées ci-dessus, les processus, les procédures et les endroits clés de son équipe et de l’entreprise où il travaille. Cela peut notamment prendre la forme d’un livret d’accueil. Le guide doit utiliser un langage explicite et concret, avec des images ou des pictogrammes cohérents avec le texte (chaque image doit être utile à l’interprétation du message, les images inutiles “pour faire joli” sont susceptibles de créer de la confusion). Ce guide a pour objectif d’informer la personne autiste sur :

  1. L’ensemble des normes sociales, des plus évidentes aux plus complexes (ne pas interrompre quelqu’un lorsqu’il est au téléphone, quelles sont les heures de pauses, comment s’adresser aux différentes personnes de l’équipe selon leur grade, le code vestimentaire, les heures de début et de fin de travail, etc.).
  2. L’emplacement des principaux lieux (toilettes, cantine, comité d’entreprise, où récupérer les papiers et les stylos).
  3. L’emplacement des endroits calmes au sein de l’entreprise, où la personne pourrait prendre une pause et se ressourcer sans stimulations sociales ou sensorielles.
  4. L’organigramme. Il est important d’avoir des photos des personnes de l’équipe (et de l’entreprise si possible), avec leurs prénoms, leur rôle et nom ainsi que la manière de les contacter ou de les trouver dans les locaux.
  5. Les “traditions” (le jeudi c’est déjeuner d’équipe, le vendredi les personnes amènent leurs croissants chacun leur tour, les pots de départ c’est pour remercier la personne pour son travail, etc.)

– Demander à la personne autiste et/ou à son job coach s’il en a un, ses compétences fortes et ses compétences à améliorer, afin de voir, s’il est possible de privilégier des tâches pour lesquelles la personne autiste va exceller (exemple : Se concentrer sur les tâches techniques et limiter la formalisation sous forme de slide)

– S’assurer de la compréhension des consignes, de la priorisation des tâches et des deadlines. Il peut être demandé à la personne autiste de faire un résumé des consignes pour valider la compréhension (comme cela est souvent fait avec personnes non-autistes).

– Favoriser un fonctionnement séquentiel. La personne autiste sera bien plus efficace si elle doit passer de tâches en tâches plutôt que de gérer plusieurs tâches à la fois.

– Privilégier la précision et la qualité du livrable à la vitesse. Un autiste est capable de fournir un travail d’une qualité au moins égale à une personne non-autiste. Il est important d’être clair sur les délais, et d’expliquer clairement s’il faut rendre quelque chose rapidement mais avec quelques imperfections ou prendre un peu de temps en plus pour livrer un travail précis.

– Rendre les attentes spécifiques et quantifiables. Il est important de préciser exactement et clairement ce qui est attendu de la personne autiste. Pour certaines tâches, il peut être pertinent de préciser ce qui serait un bon travail et ce qui serait un excellent travail.

– Encourager l’utilisation des notes écrites, de schémas et de to-do list afin que la personne autiste puisse avoir des outils pour noter les tâches et leurs détails, ainsi que l’ordre de priorisation et les deadlines.

Communication

– S’il y a un problème de performance, faites-le savoir au collaborateur autiste en utilisant un langage clair, simple et explicite. Les feed-back clairs et explicites sont indispensables, notamment parce que les personnes autistes peuvent avoir plus de difficultés à avoir une compréhension précise de ce qui est attendu d’eux lorsque ces attentes ne sont pas limpides. Il est important, en général, de faire des feed-back réguliers afin que la personne puisse continuer à évoluer.

– La personne autiste peut être directe, transparente et manquer de forme. Il ne faut pas hésiter à faire un feedback explicite et bienveillant.

– S’il y a un changement de priorité dans les tâches pour une urgence notamment, il faut expliquer rapidement à la personne autiste pourquoi il est nécessaire de reprioriser.

– Certaines attitudes de la personne autiste, notamment par rapport aux odeurs, au bruit ou à la lumière, peuvent surprendre. Elles peuvent s’expliquer par des hypersensibilités ou des hyposensibilités. Dans ces situations, il est important de mettre la personne autiste dans les meilleures conditions, comme mentionné ci-dessus.

– Il faut privilégier une communication claire, explicite, et simple. Il faut donc éviter les phrases avec des acronymes, trop longues ou alambiquées et avec des éléments abstraits ou implications. Attention, cela veut dire qu’il faut parler clairement et non pas infantiliser sa manière de s’exprimer.

Intégration

– La personne autiste peut être mal à l’aise dans les environnements qui nécessitent une socialisation en dehors du cadre de ses missions. Par exemple, les déjeuners d’équipe, les pauses-café, les fêtes d’entreprise ou les sorties entre collègues sont des moments privilégiés pour l’intégration, mais pour la personne autiste, ces événements risquent de ne pas lui convenir.

– Pour faciliter l’intégration de la personne autiste, il est important d’apprendre à la connaître, et notamment, de comprendre quels sont ses intérêts spécifiques et ses passions. Une personne autiste adorera parler ce qui l’intéresse mais montrera clairement quand un sujet ne l’intéresse pas.

– Il est très important que la personne autiste se sente intégrée et pas jugée parce qu’elle est différente. La personne autiste a de grandes qualités qui peuvent apporter énormément à l’équipe mais elle a également des particularités de fonctionnement qu’il faut accepter et avec lesquelles il faut composer. C’est bien sûr une coconstruction afin que la collaboration convienne à tout le monde.

Autisme et Reconnaissance en Qualité de Travailleurs Handicapés

Qu’est-ce qu’est la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé ?

L’Autisme est reconnu comme un handicap par la Maison des Personnes Handicapées (MDPH). Ainsi, une personne autiste est éligible à la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). La RQTH est la reconnaissance administrative du handicap.

Quels sont les avantages ?

La RQTH n’est pas obligatoire. Cependant, elle est importante car elle permet :

– De bénéficier d’aménagements d’horaires pour les rendez-vous médicaux et thérapeutiques.

– De bénéficier d’avantage lors du recrutement au sein de certaines entreprises. Les entreprises sont soumises à un quota de 6% d’employés ayant une RQTH. Certaines politiques de recrutement sont avantageuses envers les personnes ayant la RQTH afin d’atteindre ces quotas.

– De bénéficier de la mise en place d’aménagements de poste tels que recommandés par la médecine du travail (accompagnements, sensibilisation de l’équipe de travail…)

– D’accéder à des services et des aides financières de l’AGEFIPH (L’organisme de l’état en charge des personnes handicapées dans une structure privée) ou du FIFPH (L’organisme de l’état en charge des personnes handicapées dans une structure publique)

– De bénéficier de règles particulières en cas de rupture de contrat de travail, comme le doublement de la durée du préavis de licenciement.

– D’accéder à des stages de réadaptation et de rééducation professionnelle en cas d’inaptitude à votre ancien métier.

Comment demander sa RQTH ?

Pour demander sa RQTH, il faut remplir un dossier à envoyer à la MDPH départementale. Le dossier est détaillé ici. Si vous avez besoin d’aide, vous pouvez contacter un Centre Ressource Autisme près de chez vous. Vous pouvez les trouver ici.

Quand est-ce qu’il est possible de faire la demande de RQTH ?

La demande de RQTH est une grande étape. Elle reconnaît administrativement le handicap. Il n’est pas toujours facile de faire une demande de RQTH. Certaines personnes autistes vont se considérer en situation de handicap, d’autres non. L’avantage de la RQTH, c’est qu’elle protège et qu’elle incite les entreprises à adapter l’environnement de travail au besoin de la personne.

L’autre difficulté, c’est que le handicap peut être considéré comme quelque chose de personnel que certaines personnes ne veulent pas partager avec l’ensemble de l’entreprise. Il est important de noter que la RQTH est CONFIDENTIELLE. Il est possible de la partager uniquement au médecin du travail, qui fera le nécessaire pour adapter le poste. Il n’y a aucune obligation d’en parler au responsable handicap de l’entreprise ou aux ressources humaines, même si cela peut aider pour avoir un suivi au quotidien.

L’Autisme est reconnu comme un handicap par la MDPH (Maison des Personnes Handicapées). Ainsi, une personne autiste est éligible à la RQTH (Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé), ce qui comptabilise les personnes autistes dans le quota de 6%. La personne peut également demander sa RQTH lorsqu’elle est employée dans votre entreprise. La demande prend au maximum 6 mois.

Aménagements possibles pour aider la personne autiste

– Les aménagements du lieu de travail vont dépendre majoritairement des éventuelles hypersensibilités de la personne autiste (mise à disposition d’une salle sans odeur, acceptation du port de lunettes de soleil, etc.). Il faut demander à la personne autiste de quels aménagements elle a besoin. Cela peut concerner le code vestimentaire ou des aménagements du lieu de travail. 

Voici quelques exemples (au besoin au cas par cas) : pièce calme/de repos, lunettes de soleil, écouteurs, bouchons d’oreilles, espace de travail au calme, être dos au couloir…

– Lorsqu’il y a un contact prévu avec une personne extérieure à l’équipe (ex : formateur, client, fournisseur…) le(s) interlocuteur(s) peu(ven)t être prévenu(s) en amont de son autisme si la personne autiste le souhaite. Si il est décidé d’informer ses interlocuteurs du diagnostic d’autisme, il est indispensable de prodiguer des informations et conseils de qualité sur l’autisme, les caractéristiques autistiques de la personne dans l’emploi, et la manière efficace de collaborer avec elle.

Les changements de dernière minute doivent être évités dans la mesure du possible..

– Donner des tâches claires et bien définies en avance, qui ne changent pas tous les jours.

– Les aménagements d’aides à la communication : idéalement, les conseils sur-mesure sont prodigués lors d’une sensibilisation à toute l’équipe (managers et collègues) au début de la collaboration. Un coaching peut-être mis en place sur du plus long terme pour la socialisation, communication par écrit du travail à faire

L’accompagnement : un job coach spécialisé dans l’accompagnement des personnes autistes peut être sollicité. Le rôle du job coach est

d’aider la personne autiste à préparer son entrée dans le monde du travail (définition du projet professionnel, bilan de compétences et lien avec les centres d’intérêt, préparation aux entretiens)

d’accompagner la personne autiste et l’employeur pendant la prise de poste (recommandations d’aménagements ergonomiques, mise en place de bonnes pratiques de travail) et d’effectuer un suivi régulier de l’emploi

– Les aménagements d’organisation du travail : adapter les horaires, permettre un télétravail régulier si la personne autiste le souhaite

Le soutien émotionnel : effectuer des formations sur le lieu de travail, désigner une personne référente/mentor parmi les collègues.

II. Autisme et entretien

Avant l'entretien

L’entretien est un exercice compliqué, car c’est un exercice où la manière dont on interagit avec le recruteur est importante. Cependant, vous êtes tout à fait capable de briller pendant cet exercice !

Déclarer ou non son autisme

La déclaration de l’autisme (dans le CV, dans la lettre de motivation) est votre droit avant ou pendant l’entretien. Il n’y a aucune obligation. Déclarer son autisme dans le CV ou la lettre de motivation permet aux recruteurs de mettre les aménagements nécessaires dès les entretiens. La déclaration avant l’entretien permet d’être franc sur l’autisme et de ne pas avoir à surcompenser.

Si vous ne parlez pas de l’autisme dans votre CV ou votre lettre de motivation, vous pouvez en parler lorsque les ressources humaines vous contactent pour planifier l’entretien.

L’inconvénient principal est que l’autisme est encore mal connu, et il y a encore de nombreux préjugés. Le but de cette page est de limiter les préjugés.

Vous trouverez ici notre guide sur la déclaration du handicap dans le monde de l’entreprise.

Préparer son entretien

Se renseigner

– Se renseigner sur l’entreprise (quelles sont ses activités ? Quelles sont les dernières actualités ?)

– Se renseigner sur le travail pour lequel vous avez un entretien. Si elle est disponible, vous pouvez lire la fiche de poste et vous renseigner sur les compétences demandées et sur les tâches à faire.

Demander les informations

– Demander aux recruteurs quelle est la tenue vestimentaire requise. Si la tenue demandée ne vous met pas à l’aise, vous pouvez demander à mettre une tenue qui vous rend à l’aise.

– Demander aux recruteurs avec qui vous allez passer les entretiens. Vous pouvez ensuite vous renseigner sur vos interlocuteurs en amont (en regardant sur LinkedIn notamment).

– Demander aux recruteurs quel est le format de l’entretien. (Entretien avec une personne, étude de cas, entretien en groupe, plan d’accès, etc.). Cela vous permettra de vous préparer au mieux. Vous pouvez préciser que les entretiens de groupe ne sont pas le format qui vous convient le mieux.

Préparer ce qu’on va dire sur soi

Le recruteur pourra vous demander de vous présenter et vous poser des questions sur vos motivations, vos forces et compétences et vos expériences passées.

Se présenter : Vous pouvez donner votre prénom, votre nom, dire quelles études vous avez faites et parler en 1 phrase (20 à 30 mots maximum) de l’une de vos passions

Les motivations : Lister au maximum 3 raisons de votre motivation. Il est important de développer vos motivations en 2 phrases courtes. Ces phrases peuvent répondre à la question « pourquoi cette motivation »)

Les forces et les compétences : Vous pouvez lister vos 3 points forts principaux pour ce poste. Cela peut être vos compétences (en code, en graphisme, en maths etc.) ou des traits de votre personnalité (courageux, persévérants etc.). Vous pouvez illustrer ces forces avec un exemple à chaque fois

Les expériences passées : L’employeur va vous demander de présenter 1 ou 2 expériences que vous avez eues. Cela peut être des expériences professionnelles, associatives, sportives ou étudiantes (projet à l’université). Pour chaque expérience, vous pouvez

  1. décrire ce que vous avez fait
  2. décrire le résultat de ce que vous avez fait
  3. décrire ce que votre travail vous a apporté et appris.

Parler de son autisme pendant l’entretien

Parler de son autisme est quelque chose de très personnel. Pouvoir en parler avec un recruteur peut :

  1. Créer un lien avec le recruteur. Vous partagez quelque chose de très personnel. Vous partagez une partie de votre vulnérabilité. C’est quelque chose qui touche les personnes et permet de créer un lien au-delà de l’entretien
  2. Permettre aux recruteurs de mieux vous comprendre et de comprendre l’autisme.

À quel moment en parler :

Au début de l’entretien ou à la fin de l’entretien

Comment en parler :

– Factuellement : dire ce que ça implique pour vous en termes de compétences et de difficultés

– Positivement : le dire factuellement, en ajoutant une phrase sur ce que l’autisme vous apporte. L’autisme permet de développer plein de compétences qui peuvent être très utiles dans le monde du travail.

Dans le cadre d’un entretien, il est souvent difficile d’aller au-delà d’une différence telle que l’autisme. Si la personne a été reçue en entretien, cela signifie qu’elle a un profil qui correspond à vos attentes. Malgré toutes les compétences qu’on peut lire sur leurs CV, nous avons tendance à privilégier les candidats non handicapés à des candidats différents.

Avant toute chose, il faut préciser au candidat que s’il a un handicap, il peut le partager en amont, et cela est important afin que l’entretien soit adapté et que le recruteur puisse se préparer et se renseigner.

Voici quelques pistes à préparer avant l’entretien pour juger le candidat de la manière la plus objective possible :

– Avant de prendre en compte l’autisme du candidat, a-t-il les compétences nécessaires pour le poste ?

– Peut-on adapter le poste à son autisme ? Voir la section aménagement.

– Les tâches peuvent-elles être faites différemment ? Certaines tâches du poste pourront être tout aussi bien réalisées par la personne autiste si une approche correspondant à ses spécificités est permise.

– Est-ce que les compétences entravées par l’autisme sont compensées par celles que l’autisme développe ? Lors de l’entretien, posez des questions positives sur l’autisme (les plus grandes victoires avec l’autisme, ce que l’autisme peut apporter, par exemple). Cela aura un bénéfice pour vous, car il vous permettra d’appréhender l’autisme comme autre chose qu’une contrainte, et pour le candidat, qui sera mis en confiance et rassuré.

Certaines actions peuvent également être prises en amont de l’entretien :

  1. Faire attention au format des entretiens (les entretiens en groupe peuvent ne pas être adaptés).
  2. Réserver une salle avec un minimum de bruit, sans odeur et un éclairage naturel et léger. Le plus simple est de demander au candidat les aménagements nécessaires si cela est possible
  3. Envoyer un mail qui présente le format des entretiens avec le plan (présentation du parcours, questions de motivation, questions techniques, tests d’anglais etc.), la durée, les personnes présentes.

Pendant l’entretien

Conseils généraux

– Soyez à l’entretien 10 minutes en avance.

– Mettez votre téléphone en silencieux.

Conseils pour l’entretien

– Ne vous précipitez pas pour répondre à une question, prenez votre temps. Gardez un débit posé et calme. Cela permet de montrer que vous avez confiance en vous. N’hésitez pas à dire, “j’ai besoin de prendre mon temps”.

– Si une question n’est pas claire, vous pouvez demander à votre interlocuteur de la reformuler pour qu’elle soit plus claire pour vous.

– Vous ne devez pas couper la parole à votre interlocuteur pendant l’entretien

– Faites attention à votre langage non verbal (expression du visage, des mains, du corps, et du ton de la voix) :

  1. Verbalisez votre différence comportementale et/ou vestimentaire. Il faut expliquer pour quelles raisons vous avez un accessoire qui est inhabituel (exemple : des lunettes de soleil pour atténuer la lumière). Il faut également expliquer pourquoi en entretien vous pouvez avoir une attitude particulière (exemple : vous pouvez vous tenir les mains car cela vous détend).
  2. Dans la mesure du possible, regardez votre interlocuteur afin de lui témoigner votre attention par rapport à votre échange (vous pouvez alterner par exemple 15 secondes dans les yeux, 3 secondes à côté).
  3. Asseyez-vous d’une manière droite avec les pieds sur le sol.
  4. Faites attention à vos mains. Posez-les sur la table s’il y en a une ou sur vos cuisses. Vous pouvez également utiliser vos mains pour illustrer ce que vous dites.
  5. Faites attention à ne pas faire de grimace avec votre visage.

Conseils généraux

S’intéresser à ce que son handicap lui a permis de faire. Les aventures vécues sont une mine d’or pour apprendre à connaître la personne et découvrir toutes ses compétences. Attention, certaines personnes seront moins ouvertes à ce sujet, dans ce cas, respectez leur retenue.

Penser à être transparent avec l’interlocuteur. S’il parle de son autisme, il faut être honnête sur la position de l’entreprise en matière de recrutement. Si des doutes subsistent, il est possible de demander au candidat des exemples de situations similaires à celles qu’il rencontrera sur le poste.

Si vous pensez que la personne est autiste mais n’ose pas le dire, vous pouvez demander si la personne a une RQTH. Vous pouvez mettre la personne à l’aise et montrer que le handicap n’est pas un tabou. Par contre, il n’est pas légal de demander à une personne si elle a un handicap précis.

Ne pas baser son impression sur l’autisme, mais sur l’ensemble de l’échange avec la personne autiste.

Conseils spécifiques à l’autisme

Poser des questions fermées et éviter les questions ouvertes. Cela sera plus clair pour le candidat. Par exemple, la question “présentez-vous” est vague et le candidat ne sera pas ce vous souhaitez savoir. Une meilleure question serait “Pouvez-vous me parler de l’université où vous avez étudié – spécialités et un projet important, vos expériences professionnelles en identifiant à chaque fois 2 tâches, et comment vous les avez accomplies”.

Poser des questions sur un vécu actuel/passé et évitez les questions hypothétiques ou abstraites, qui ne seront pas claires pour le candidat. Par exemple, au lieu de “Comment allez-vous gérer les interruptions fréquentes au travail ?”, préférez “Comment est-ce que vous gériez les interruptions fréquentes dans votre travail précédent ? ”

– Se préparer à pousser le candidat pour obtenir toutes les informations dont vous avez besoin.

– Être conscient que le candidat peut interpréter les questions ou les discussions littéralement.

– Le fonctionnement non verbal peut être restreint ou inexistant chez la personne autiste. De même, La personne autiste peut ne pas comprendre le langage non verbal de son interlocuteur.

III. L'Autisme au travail

Le quotidien au travail est composé de tâches professionnelles, ainsi que de l’ensemble des échanges formels et informels entre collègues. L’autisme peut ainsi se révéler être un vrai défi, à la fois pour les collègues et pour la personne elle-même.

Intégration au travail

L’autisme peut surprendre les personnes non averties. Même si c’est difficile, il est important de parler de son Autisme. Votre différence peut se ressentir, c’est pour cela qu’il est important d’expliquer pourquoi vous êtes différent. Le dire de vive voix est compliqué, car c’est partager quelque chose de (très) personnel avec un inconnu. Il est à noter que chaque personne est unique. Si vous avez des besoins qui ne sont pas dans la liste ci-dessous, n’hésitez pas à les communiquer.

Informer de son autisme

Vous pouvez informer votre entreprise de votre autisme par différents canaux (écrit ou oral) et différentes personnes (ressources humaines, manager, collègue etc.).

– Vous pouvez informer par écrit (chat, mail) l’un de vos collègues, votre manager ou une personne des ressources humaines. Vous pouvez expliquer en 3 lignes ce que l’autisme implique pour vous et partager cette page.

– Si vous ne souhaitez pas le partager à toute votre équipe, vous pouvez tout d’abord en parler à l’un de vos collègues, à un manager ou à quelqu’un des ressources humaines.

Lors d’une première rencontre, au début de l’échange, vous pouvez indiquer que vous êtes une personne autiste. Vous pouvez prendre 2 exemples courts avec une situation concrète (1 phrase pour chacun), qui expliquent ce qu’être autiste implique.

– Parlez de l’aspect positif de votre autisme. Cette particularité peut avoir un apport positif, lorsque l’entreprise encourage les personnes autistes à faire les choses qui les différencient et dans lesquelles ils excellent. Cela peut être un réel atout en entreprise. Vous pouvez prendre un exemple concret où vous avez réussi quelque chose grâce à votre autisme.

– Vous pouvez également demander des aménagements qui vous rendent à l’aise : précisez pourquoi vous préférez vous habiller d’une certaine manière (exemple : porter des lunettes de soleil pour atténuer la lumière, porter un casque antibruit), indiquez l’environnement dans lequel vous avez besoin d’être (exemple : un environnement sans bruit ou un environnement sans odeur. Il y a bien sûr de nombreuses autres situations.), faites connaître vos besoins en termes de quotidien au travail (outils pour la prise de notes, pour la gestion des tâches, etc.), limiter les situations d’interactions sociales qui ne sont pas indispensables.

La sensibilisation de l’équipe

Certaines personnes vont être amenées à travailler avec vous tous les jours. Leur donner des informations précises sur l’autisme et surtout, sur votre autisme, leur permettra de mieux comprendre votre différence et de faciliter la collaboration au quotidien. Pour sensibiliser votre équipe, vous pouvez :

– Partager cette page.

– Proposer une présentation à votre équipe. Elle peut être faite par quelqu’un de l’extérieur, par quelqu’un de l’entreprise ou par vous-même si vous le souhaitez.

S’affirmer au travail :

Le monde du travail est exigeant. L’autisme implique de s’épanouir dans ce monde avec une différence. Il ne faut pas hésiter à dire ce qui vous gêne ou à demander car si vous ne le faites pas, personne ne le fera pour vous. Il est vrai que c’est souvent assez compliqué, mais il ne faut pas hésiter car c’est votre droit.

– Certaines tâches peuvent ne pas être attribuées à une personne autiste car ses collègues peuvent estimer que celles-ci seront plus compliquées. Si vous souhaitez réaliser certaines tâches en particulier pour lesquelles vous pensez avoir les compétences requises, demandez-le clairement à votre supérieur.

– Si vous souhaitez prendre la parole mais que vous n’y parvenez pas, communiquez-le, soit dans le chat de la réunion, soit à l’oral, quitte à interrompre la réunion pour un court instant.

L’autisme peut surprendre les personnes non averties. Il peut également avoir un impact sur la vie sociale qu’il ne faut pas oublier. Si la personne autiste interagit de manière différente, ça peut être dû à son autisme. Il pourra être important d’en tenir compte au sein du travail d’équipe. Il est à noter que chaque personne est unique. Le plus important est de comprendre les besoins de votre employé autiste pour l’accompagner au mieux.

La sensibilisation de l’équipe

– Permettre à la personne autiste de parler de son autisme et de ce que cela implique pour elle, si elle le souhaite. Tout le monde n’est pas à l’aise dans cette situation.

– Distribuer la première partie informative de ce guide à l’ensemble des membres de l’équipe.

La communication avec la personne autiste

– L’effort doit venir des deux parties. Il est préférable d’être à l’initiative et ne pas hésiter à communiquer avec la personne autiste. S’il y a des points à améliorer dans son attitude professionnelle, dans sa manière de travailler et d’autres points qui vous semblent essentiels. Cependant, il faut avoir conscience que certains aspects ne pourront pas être modifiés.

– Une personne autiste ne doit pas bénéficier de traitement spécial, elle doit être évaluée comme tout autre collaborateur.

– S’il y a un problème de performance, portez-le à l’attention du collaborateur autiste en utilisant un langage clair et explicite.

– Vérifier la compréhension des tâches en demandant un résumé des explications.

– Rendre les attentes spécifiques et quantifiables.

– Prendre la parole en réunion pour une personne autiste n’est pas toujours aisé. Afin de lui laisser sa place, vous pouvez lui demander son avis ou lui proposer de prendre la parole quand cela vous paraît cohérent.

– N’oubliez pas que ce qui ressemble à un problème de comportement ou d’attitude est généralement un problème de communication. N’acceptez pas les remarques grossières ou les gaffes sociales. Clarifiez les intentions de l’individu. Soyez précis en soulignant les comportements inappropriés ou inacceptables. À l’inverse, n’hésitez pas non plus à faire savoir à votre collaborateur autiste que vous êtes satisfait par telle ou telle attitude.

Conseils pour organiser et cadrer le travail

– Aider l’individu à créer un « livre de règles » personnalisé qui contient les processus, les procédures et les endroits clés de son équipe et de l’entreprise où il travaille. Cela peut notamment prendre la forme d’un livret d’accueil.

– Encourager l’utilisation de notes écrites, de schémas, et de to-do list. Des icônes et des systèmes de classification par couleur aideront à l’organisation. Les personnes autistes sont plus sensibles aux éléments visuels qu’aux éléments visuels.

Évoluer au travail

Trouver un emploi et s’intégrer dans le monde professionnel sont les premières étapes d’une grande aventure. Il y a plusieurs étapes clés qui suivent :

– Valider la période d’essai

– Être évalué sur le travail effectué

– Être promu

Travailler avec une personne autiste, c’est travailler avec une personne qui fonctionne différemment qu’une personne non-autiste. Elle est tout aussi compétente, mais avec des points forts et points faibles qui diffèrent de la norme. De nombreux conseils et aménagements ont été proposés dans la première partie. L’enjeu est que les personnes autistes puissent être évaluées lors des étapes clés de manière équitable. Ainsi, il est envisageable d’atteindre moins sur certains aspects (notamment les aspects interpersonnels) mais plus sur d’autres aspects (notamment les aspects techniques).

Mettre en avant les compétences

À l’époque où l’automatisation, la spécialisation et l’innovation sont indispensables à de nombreuses industries, ces compétences peuvent s’avérer précieuses et sont très valorisées. En effet, les compétences typiquement autistiques sont de l’ordre de la systématisation (analyses logiques, souci du détail, reconnaissance de patterns). Ces compétences de systématisation sont alliées à une grande créativité grâce à leur pensée dite “latérale” ou “out-of-the-box”.

Souci du détail et concentration soutenue : les personnes avec autisme ont la capacité à repérer les erreurs, sont précises, ne se laissent pas distraire de la tâche à portée de main. Cette compétence est clé dans un monde où chaque détail compte et peut représenter une réelle plus-value pour l’entreprise.

La mémoire à long terme : sur leurs sujets de prédilection, les personnes autistes ont la capacité de se rappeler des faits et détails que les autres ont oubliés. Cette mémoire, notamment du détail, peut être très utile pour avoir une vision exhaustive d’une problématique complexe, faire du lien entre les différents éléments d’une situation et proposer de meilleures solutions.

Tolérance, voire appétence pour la répétition et la routine : C’est une capacité supérieure aux personnes non-autistes à effectuer de manière de plus en plus efficace et rapide des tâches répétitives, même les plus complexes. Cette capacité supérieure à montrer une exactitude, une rapidité et une concentration croissantes a été prouvée par exemple dans l’analyse machines à rayon X dans les aéroports. Cette capacité permet aux personnes autistes d’être précises et efficaces sur ces tâches essentielles, bien souvent sujettes à des erreurs d’inattention pour les personnes non-autistes.

Solides compétences en matière de logique et d’analyse : les personnes autistes perçoivent de manière instinctive les récurrences, schémas, lois et connexions qui régissent des amas de données/informations (reconnaissance de pattern). C’est ce qu’on appelle la reconnaissance de patterns. Ces compétences d’analyse aident à mieux cerner les problèmes complexes auxquels les entreprises font face. Coupler ces compétences analytiques avec leur excellente mémoire du détail permet d’identifier des opportunités ignorées. De plus, leur analyse des faits est purement basée sur le rationnel, le concret. Ainsi, leurs conseils pragmatiques sont précieux en entreprise, car peu influencés par les affects, le social, le “politique”.

Expertise très poussée : leur tendance à développer des intérêts dits “spécifiques”, polarisés et très investis, en fait rapidement des experts sur leurs sujets de prédilection. Cette capacité à développer une connaissance et une expertise approfondies, peut être extrêmement utile dans un mode se basant sur la spécialisation.

Pensée créative : les personnes autistes traitent l’information de manière différente, atypique au niveau cognitif, ce qui peut conduire à des solutions inédites.

Persévérance : sur leurs domaines de prédilection, les personnes autistes ont une capacité de concentration supérieure. Ils sont extrêmement persévérants et peuvent s’engager de nombreuses heures sur une tâche.

La libération de ces compétences nécessite un environnement dit « autism-friendly », où la personne autiste a toute sa place, où elle n’est pas mise à l’écart de par sa différence, et où les équipes sont sensibilisées et préparées à la collaboration. Ces compétences vont varier d’un individu à un autre. Ce sont les compétences les plus répandues chez les personnes autistes, mais cela n’implique pas que toutes les personnes autistes auront toutes ces compétences.

Il est capital également de garder en tête que personne ne peut être défini par l’autisme, qui n’est qu’une caractéristique cognitive parmi tout un tas de facteurs qui influencent la personnalité de chacun : la culture, l’éducation, les expériences… c’est une personne avec un vécu personnel, qui lui permet de développer des compétences qui lui sont propres et qui sortent de l’ordinaire.

De même, garder en tête que l’adaptabilité de chacun est évolutive : ce n’est pas parce qu’aujourd’hui un individu est handicapé dans une certaine situation, qu’il le sera toute sa carrière.

La condition pour faire éclore ces compétences est l’acceptation de la différence, qu’elle soit sienne ou celle d’un collègue. L’élément crucial est de ne pas limiter les responsabilités de la personne autiste parce qu’elle est autiste. Au contraire, il faut lui donner l’opportunité d’aller au-delà si elle le souhaite, sans la forcer.

L'autisme au travail au-delà des préjugés

Une personne autiste peut atteindre ses rêves, même les plus “irréalistes”. Certes, le chemin sera plus sinueux, mais les difficultés rencontrées, qu’elles soient ou non liées à l’autisme, font également partie de la richesse du parcours de la personne, de son projet et des personnes qui la côtoient.

Certaines personnes autistes sont de brillants scientifiques, d’autres sont dirigeants d’entreprise (le créateur de Pokémon est autiste), d’autres sont des artistes ou des acteurs. Certaines personnes autistes se sentent limitées par leur différence, de par la manière dont ils l’appréhendent et dont notre société la représente.

En allant au-delà des préjugés, nous permettons aux personnes souvent stigmatisées d’avoir le droit de rêver et de réaliser leurs ambitions. L’enjeu est aujourd’hui de mettre à la disposition de notre société des compétences que nous avons trop longtemps ignorées. Nous nous concentrons sur ce qui n’est pas possible de faire, alors que nous pouvons nous intéresser aux actions qui peuvent être réalisées d’une manière différente, et à la valeur ajoutée de ces “manières différentes”.

Temple Grandin, l’une des plus grandes scientifiques animalières de l’histoire, autiste et engagée en faveur de l’autisme, partage son point de vue : « Je trouve toujours assez drôle que des gens non-autistes disent que les enfants autistes vivent dans leur propre petit monde. Quand on travaille avec des animaux pendant un certain temps, on commence à se rendre compte qu’on peut dire la même chose des gens normaux. Il y a un grand et beau monde dehors que beaucoup de personnes ont à peine compris. Les autistes et les animaux voient tout un registre du monde visuel que les gens normaux ne peuvent pas, ou ne veulent pas voir. »