Le bégaiement

L’objectif de ce guide est de donner à toutes les personnes qui bégaient des outils afin qu’elles exploitent pleinement leurs capacités au service de leurs ambitions professionnelles.

Ce guide a été rédigé avec l' Association Parole Bégaiement.




I. Le bégaiement dans le monde professionnel

Le bégaiement, qu’est-ce que c’est ?

– Le bégaiement est un trouble de la parole qui affecte la communication orale. Il se caractérise par des répétitions de mots, de syllabes et de sons, par des prolongations de sons, des arrêts et des blocages qui donnent l’impression d’un effort. La recherche a montré l’existence d’un facteur héréditaire qui se traduit par une incidence plus forte de bégaiement dans certaines familles. L’origine du trouble est plurifactorielle avec une composante génétique et neurologique conjointement à des facteurs qui touchent l’individu (tempérament…) et son environnement.

Le bégaiement atteint la qualité de vie de façon très variable selon les individus. Il peut être à l’origine d’un ressenti négatif qui prend parfois une place démesurée dans les choix de vie de la personne qui bégaie. En effet, il peut avoir une influence sur tous les aspects de la vie, en particulier les études et les projets professionnels.

– Il est à noter qu’il n’existe pas deux bégaiements similaires. Dans certains cas, même si le bégaiement paraît léger, voire inexistant, il peut avoir des répercussions psychologiques importantes. Inversement, une forme plus sévère peut être mieux vécue par la personne qui bégaie.

Le bégaiement n’affecte en rien les compétences intellectuelles. Il est handicapant uniquement dans un contexte de communication orale, variable en fonction des situations. C’est un handicap qui évolue, la personne qui bégaie peut sortir progressivement de son trouble.

Le bégaiement vu par des personnes qui bégaient




Bégaiement et compétences

Des personnes qui bégaient parlent de leur métier

L’entourage personnel, professionnel et la personne qui bégaie elle-même surestiment souvent l’impact négatif du bégaiement sur les aptitudes professionnelles de la personne qui en est atteinte. L’expérience montre que des postes de managers, chef d’entreprise, commercial, négociateur, formateurs… sont compatibles avec un bégaiement.

Lorsqu’on bégaie, les contraintes que nous connaissons quotidiennement nous amènent à avoir une relation compliquée avec le bégaiement, quitte à fuir toute situation où il peut être exposé (par exemple, en ne prenant pas la parole, ou en changeant des mots).

Paradoxalement, le bégaiement peut également être un vivier de compétences. Pour que cela soit le cas, il faut faire face à son bégaiement, en ne fuyant pas les situations qui nous paraissent complexes avec cette différence. Cela peut consister à prendre la parole quand on le souhaite même si on sent qu’on va bégayer, dire le mot qui nous fait peur car on sait qu’on va bégayer.

En embrassant le bégaiement, nous nous forçons à nous adapter pour aller au-delà des contraintes que le bégaiement nous impose. Cette adaptation continue peut s’avérer très bénéfique en permettant de développer une réelle écoute, un courage hors du commun, une créativité et un esprit analytique sans limite, une communication sincère et émotionnelle.

Alors, venez comme vous êtes, et montrer ce dont vous êtes capables.

Le bégaiement amène constamment les personnes qui bégaient à se dépasser, il les pousse à développer des compétences particulières. Recruter une personne qui bégaie représente pour un employeur un enjeu qui va au-delà des obligations légales et sociales. Il s’agit de faire du recrutement des personnes en situation de handicap un axe de différenciation stratégique. Recruter une personne qui bégaie sera un atout en apportant d’autres compétences. Ces compétences vont dépendre de chacun ainsi que de la manière dont le bégaiement est vécu, elles peuvent donc varier d’une personne qui bégaie à une autre.



Bégaiement et RQTH

Le bégaiement est reconnu par la Maison départementale des personnes handicapées (MDPH) et peut donner droit à une RQTH (Reconnaissance de la qualité de travailleur handicapé).

Le bégaiement est reconnu comme un handicap par la MDPH. Ainsi, une personne qui bégaie est éligible à la RQTH. 

La RQTH permet :

– de bénéficier d’aménagements d’horaires pour les rdv orthophoniques.

– de bénéficier de règles particulières en cas de rupture de contrat de travail, comme le doublement de la durée du préavis de licenciement.

– d’accéder à des stages de réadaptation, de rééducation professionnelle en cas d’inaptitude à votre ancien métier.

Le bégaiement est reconnu comme un handicap par la MDPH. Ainsi, une personne qui bégaie est éligible à la RQTH, ce qui comptabilise les personnes qui bégaient dans le quota de 6%. La personne peut également demander sa RQTH lorsqu’elle est employée dans votre entreprise. La demande prend au maximum 6 mois.



Conseils pour gérer le bégaiement dans le monde du travail

Quelques conseils de personnes qui bégaient

– Parlez de votre bégaiement dans le monde professionnel. Le bégaiement peut être caché en apparence, mais il se voit d’une manière ou d’une autre (peu de communication au travail, un choix très précis des mots, des mots d’appui comme “en fait”, une impression de stress alors que ce n’est “que” le bégaiement).  Il est toujours difficile de faire son “coming-out”. En parler permet de ne plus se “cacher” et de pouvoir être soi-même. De plus, en prévenant votre employeur, cela devient également sa responsabilité légale (d’autant plus si vous êtes RQTH) de vous intégrer.

 – Le bégaiement ne doit pas être une excuse pour éviter de faire quelque chose. Il faut oser, même si cela implique d’exposer son bégaiement. Vous ne pouvez pas changer le fait que vous bégayez, par contre, vous pouvez changer la manière dont vous vivez avec votre bégaiement

 – Se poser la question si notre plus grande difficulté est le bégaiement, ou la manière dont vous percevez le bégaiement (comme une barrière, un démon etc)

– Allez voir une orthophoniste spécialisée dans le bégaiement si vous ne l’avez jamais fait. 

– Demandez-vous si le plus important est d’être fluent ou de pouvoir être compris ?

– Demandez-vous si le plus important est de devenir fluent ou d’accepter les différences qu’on a et “vivre avec”?

– Restez naturel dans l’interaction même si le bégaiement peut être parfois perturbant pour l’interlocuteur.

– Maintenez, dans la mesure du possible, le contact visuel avec la personne qui bégaie.

– Restez à l’écoute en vous intéressant davantage au contenu qu’à la forme des propos.

– Acceptez une communication non orale si vous êtes pressé.

– Evitez les conseils tels que “respirez”, “calmez-vous” qui ne sont d’aucune aide. Le bégaiement est amplifié par le stress mais n’est pas dû au stress.

– Demandez-vous ce que vous ressentez (énervement, impatience) en face de quelqu’un qui bégaie, cela vous permettra d’être vigilant aux signaux non-verbaux que vous envoyez (froncement de sourcils, soupirs…). Ressentir de l’énervement ou de l’impatience est normal dans certains cas, en prendre conscience permet d’en limiter l’impact.

– Si la personne vous parle de son bégaiement, verbalisez le fait que ce n’est pas un problème.

– Si elle accepte, vous pouvez demander à la personne qui bégaie les situations qui lui sont difficiles, et comment est-ce qu’elle aimerait être accompagnée dans celles-ci.



Aménagements possibles pour aider la personne qui bégaie

– Favoriser l’entretien en visio ou en présentiel à l’entretien téléphonique. Cela donne une place à la communication non-verbale et écrite, permettant d’aller au-delà du bégaiement.

– Lorsqu’il y a un contact client, le(s) interlocuteur(s) peu(ven)t être prévenu(s) en amont si la personne qui bégaie le souhaite.

– Lorsqu’il y a une présentation orale, la personne qui bégaie peut être prévenue en avance. Cela donne un temps de préparation à l’oral et de répétition, qui s’avère déterminant.

– Lorsque la personne qui bégaie intervient à l’oral, il faut éviter de lui mettre une pression temporelle. Ajouter quelques minutes à la réunion peut rendre la personne bien plus à l’aise.

– Certaines personnes qui bégaient seront à l’aise au téléphone, d’autres non. L’idéal est de se coordonner avec la personne qui bégaie pour voir si elle préfère le téléphone ou le visio avec les visages. Si la communication est pressée, le mail est envisageable. Il ne doit cependant pas être constamment privilégié afin que la personne qui bégaie ait le droit de s’exprimer à l’oral

– Des aménagements peuvent être proposés, voire incités, mais ils ne doivent pas être obligatoires. Les imposer peut avoir l’effet opposé de celui escompté.

II. Bégaiement et entretien

L’entretien est un exercice ayant des enjeux multiples, pour le candidat et pour l’entreprise. Lorsque le handicap entre en jeu, l’évaluation et la prise de décision sont complexifiées. Le candidat, a pour sa part l’appréhension que son bégaiement lui bloque des opportunités.

Conseils de personnes qui bégaient pour un entretien de recrutement



Avant l'entretien

L’entretien pour une personne qui bégaie est un exercice compliqué, car l’oral prime. Cela ne veut cependant pas dire que vous ne pouvez pas briller pendant cet exercice. 

Avant toute chose, il est important d’informer le recruteur sur votre bégaiement, lorsque vous planifiez l’entretien avec lui. C’est parfois très dur de partager son bégaiement avec des inconnus. Cela permet aux recruteurs de se préparer et de se renseigner avant l’entretien afin de ne pas être surpris au moment de l’entretien et de vous évaluer de la manière la plus objective possible.

Ensuite, pour que l’entretien se passe au mieux, il faut vous préparer :

– Faire son travail de candidat : se renseigner sur l’entreprise et le poste, sur le code vestimentaire, sur le format de l’entretien (à demander au recruteur avant l’entretien).

– Apprendre à se mettre en avant : 

  1. Identifiez toutes les expériences que vous souhaitez mettre en avant avec 1 ou 2 réussites par expérience. Répétez-les autant de fois que possible.
  2. Identifiez vos forces et vos plus grandes qualités et apprenez à les mettre en avant en 1 ou 2 phrases

Enfin, préparez-vous à parler de votre bégaiement. Même si c’est difficile, il est important de le faire. Que votre bégaiement soit visible ou masqué, cela se ressent lors des échanges à l’oral. Le dire de vive voix est compliqué, car nous partageons quelque chose de (très) personnel avec un.e inconnu.e. Cependant, cela permet au recruteur de mieux nous connaître mais aussi de parler de quelque chose de personnel, ce qui crée un lien lorsqu’on l’aborde et pousse à s’intéresser à la personne plutôt qu’aux simples compétences. Le bégaiement peut être abordé de différentes manières en entretien.

Au début de l’entretien (Le moment privilégié) en disant seulement « je bégaie » ou « je bégaie, demandez-moi de répéter si ce n’est pas clair » ou encore « je vais parler lentement pour ne pas bégayer ».

– Lorsque vous bégayez sur un mot : « j’ai un blocage » ou « je bégaie ».

– Avec de l’humour. Cela rend le sujet moins lourd et met tout le monde à l’aise :  « Je bégaie depuis que j’ai 5 ans. C’était difficile pour moi de parler avec mes amis. Je vous laisse imaginer lorsque je devais parler à mes ennemis.»

–  En parlant de l’aspect positif de votre bégaiement. il peut avoir un apport positif en amenant les personnes qui bégaient à faire des choses qui les différencient et être un réel atout en entreprise.

Dans le cadre d’un entretien, il est souvent difficile d’aller au-delà d’une différence telle que le bégaiement. Si la personne a été reçue en entretien, cela signifie qu’elle a un profil qui correspond à vos attentes. Malgré toutes les compétences qu’on peut voir, nous avons tendance à privilégier les candidats non handicapés à des candidats différents.

Avant toute chose, précisez au candidat que s’il a un handicap, il peut le partager en amont, et cela est important afin que l’entretien soit adapté et que le recruteur puisse se préparer et se renseigner.

Voici quelques pistes à préparer avant l’entretien pour juger le candidat de la manière la plus objective possible :

– Avant de prendre en compte le bégaiement du candidat, a-t-il les compétences nécessaires pour le poste ?

– Peut-on adapter le poste à son bégaiement ? Voir la section aménagement. Des exemples sont : Allonger les réunions de quelques minutes. Pour les échanges téléphoniques, privilégier la visio. Permettre des échanges écrits à la place des calls. Prévenir en amont les différents interlocuteurs (internes et externes).

– Le bégaiement va-t-il gêner la personne pour l’accomplissement des tâches ? Parmi les tâches les plus importantes du poste, il faut identifier celles qui paraissent très difficiles à accomplir avec un bégaiement. Normalement, avec de la patience et les aménagements présentés ci-dessus, il ne devrait pas y en avoir. 

– Est-ce que les compétences entravées par le bégaiement sont compensées par celles que le bégaiement développe ? Lors de l’entretien, posez des questions positives sur le bégaiement (les plus grandes victoires avec le bégaiement, ce que le bégaiement peut apporter). Cela aura un bénéfice pour vous, car il vous permettra d’appréhender le bégaiement comme autre chose qu’une contrainte, et pour le candidat, cela pourra le mettre en confiance et le rassurer



Pendant l’entretien

Lâchez prise sur votre fluence et concentrez-vous sur le message que vous faites passer : le non-verbal (regard, gestuelle, posture) et le contenu. 

– Si vous trouvez que vous bégayez trop, ou que vous êtes trop stressé, faites une pause et un silence court (quelques secondes). Cela vous permet de prendre votre temps et de vous détendre. Vous n’avez pas besoin d’enchaîner les phrases sans pause, donc reposez-vous quelques secondes à chaque fois.

– Parlez de votre bégaiement dès que vous pouvez pour ne plus vous demander si vous bégayez ou pas.

– Soyez à l’entretien 10 minutes en avance.

– Mettez votre téléphone en silencieux.

S’intéresser à ce que son handicap lui a permis de faire. Les aventures vécues sont une mine d’or pour apprendre à connaître la personne et découvrir toutes ses compétences. Attention, certaines personnes seront moins ouvertes à ce sujet, dans ce cas, respectez leur retenue.

Pensez à être transparent avec votre interlocuteur. S’il vous parle de son bégaiement, soyez honnête quant à votre position à ce sujet. Si vous avez des doutes, demandez au candidat des exemples de situations similaires à celles qu’il rencontrera sur le poste.

Si vous pensez que la personne bégaie mais n’ose pas le dire, essayez d’amorcer le sujet, vous pouvez mettre la personne à l’aise et montrer que le handicap n’est pas un tabou.

Ne basez pas votre impression sur le bégaiement, mais sur l’ensemble de l’échange avec la personne qui bégaie.



Cas de l’entretien téléphonique

Le téléphone peut accentuer le bégaiement pour certains. Ils peuvent ressentir davantage de pression, des blocages peuvent créer des « blancs » lors de la conversation.Ces « blancs » ne doivent pas être interprétés comme des absences. En effet, le téléphone se repose uniquement sur la voix et sa fluidité, ce qui est un challenge pour une personne qui bégaie. L’idéal est de privilégier le présentiel, et si cela n’est pas possible, la visioconférence avec la vidéo affichée.



III. Bégaiement au travail

Le quotidien au travail est composé de tâches professionnelles, et de l’ensemble des échanges formels et informels entre collègues. Le bégaiement peut ainsi se révéler être un vrai défi, à la fois pour les collègues et pour la personne elle-même.

Intégration au travail

Le bégaiement peut surprendre les personnes non-averties. Même si c’est difficile, il est important de parler de son bégaiement. Que votre bégaiement soit visible ou masqué, cela se ressent lorsqu’on échange à l’oral. Le dire de vive voix est compliqué, car nous partageons quelque chose de (très) personnel avec un.e inconnu.e.

Informer de son bégaiement

Lors d’une première rencontre, au début de l’échange (le moment privilégié) en disant seulement « je bégaie » ou « je bégaie, demandez-moi de répéter si ce n’est pas clair »

– Lorsque vous bégayez sur un mot : « j’ai un blocage » ou « je bégaie ».

– Quand cela s’y prête, vous pouvez en parler avec humour.

La sensibilisation de l’équipe

Certaines personnes vont être amenées à travailler avec vous tous les jours. Leur donner des informations précises sur le bégaiement et surtout, sur votre bégaiement, permettra de mieux comprendre votre différence et de faciliter la collaboration au quotidien. Pour sensibiliser votre équipe, vous pouvez :

– Partager cette page.

– Faire une présentation à votre équipe pour expliquer ce que le bégaiement implique, ce que vous ressentez et les conseils que vous aimeriez leur partager. 

S’affirmer au travail

Le monde du travail est exigeant. Le bégaiement implique de s’épanouir dans ce monde avec une différence. Il ne faut pas hésiter à dire ce qui vous gêne ou à demander ce que vous voulez, car si vous ne le faites pas, personne ne le fera pour vous. Il est vrai que c’est souvent assez compliqué, mais il ne faut pas hésiter car c’est votre droit.

– Les discussions dans le monde professionnel peuvent aller très vite. Lorsque nous bégayons, nous parlons plus lentement, avec parfois des pauses marquées. Vos collègues peuvent vous interrompre ou vous couper la parole sans s’en rendre compte. Vous pouvez dire à la personne concernée (même si c’est votre supérieur), que vous n’avez pas terminé.

– Certaines tâches peuvent ne pas être attribuées à une personne qui bégaie car les collègues peuvent estimer que celles-ci seront plus compliquées, surtout lorsque les tâches impliquent une composante orale. Si vous souhaitez réaliser ces tâches, demandez-le clairement à votre supérieur.

– Si vous souhaitez prendre la parole mais que vous n’arrivez pas à la prendre, communiquez-le, soit dans le chat de la réunion, soit à l’oral, quitte à interrompre la réunion pour un court instant.

Le bégaiement peut surprendre les personnes non-averties. Il peut également avoir un impact sur la vie sociale qu’il ne faut pas oublier. Si la personne qui bégaie interagit de manière différente, ça peut être également en lien avec le bégaiement. Il pourra être important d’en tenir compte au sein du travail d’équipe.

La sensibilisation de l’équipe 

– Permettre à la personne qui bégaie de parler de son bégaiement et de ce que cela implique pour elle, si elle le souhaite. Tout le monde n’est pas à l’aise dans cette situation.

– Distribuer la première partie informative de ce guide à l’ensemble des membres de l’équipe.

La communication avec la personne qui bégaie

– L’effort doit venir des deux parties. Il ne faut pas hésiter à communiquer avec la personne qui bégaie s’il y a des points à améliorer dans son attitude professionnelle, dans sa manière de travailler et d’autres points qui vous semblent essentiels.

– Une personne qui bégaie ne doit pas bénéficier de traitement spécial, elle doit être jugée comme tout autre collaborateur.

– Parfois, nous pouvons croire que la personne qui bégaie a fini de parler, alors qu’elle bloque ou qu’elle prend son temps pour moins bégayer. Il est important de lui laisser le temps de finir.

– Prendre la parole en réunion pour une personne qui bégaie n’est pas toujours aisé. Afin de lui laisser sa place, vous pouvez lui demander son avis ou lui proposer de prendre la parole quand cela vous paraît cohérent.

Pensez à être transparent avec votre interlocuteur. S’il vous parle de son bégaiement, soyez honnête quant à votre position à ce sujet. Si vous avez des doutes, demandez au candidat des exemples de situations similaires à celles qu’il rencontrera sur le poste.

Si vous pensez que la personne bégaie mais n’ose pas le dire, essayez d’amorcer le sujet, vous pouvez mettre la personne à l’aise et montrer que le handicap n’est pas un tabou.

Ne basez pas votre impression sur le bégaiement, mais sur l’ensemble de l’échange avec la personne qui bégaie.




Mettre en avant les compétences

Des personnes qui bégaient parlent des qualités que le bégaiement leur a apportées

Le bégaiement est souvent considéré comme une contrainte. Nous oublions souvent de voir l’aspect constructif du bégaiement. Les défis quotidiens ne peuvent être niés. Ces défis quotidiens forgent et développent des compétences insoupçonnées :

– L’écoute : De nombreux bègues ont développé une grande capacité d’écoute. L’oralité faisant parfois défaut, ils donnent une attention particulière aux propos de l’autre pour le comprendre et y répondre au mieux. 

– Le courage : Tous les jours, une personne qui bégaie doit faire ce qui l’effraie le plus : prendre la parole. Ce dépassement de soi quotidien s’accumule et apprend à la personne qui bégaie à utiliser son courage dans les situations qui comptent. C’est une qualité qui n’a pas de prix, surtout dans un contexte professionnel. 

– La communication émotionnelle : La prise de parole est quelque chose de très intime pour une personne qui bégaie. Cela se ressent lorsqu’elle prend la parole, surtout dans une situation stressante ou avec des enjeux. L’émotion transmise fait passer un message plus impactant. Elle impacte également le choix des mots, qui s’avère être plus authentique et plus juste. 

– L’esprit analytique & l’imagination : Parfois, la personne qui bégaie n’ose pas prendre la parole. Elle compense en analysant la situation (les mots, les personnes, ce qui l’entoure), cela contribue à développer un fort esprit analytique et un fort goût pour la résolution de problèmes. D’autres personnes qui bégaient peuvent s’évader et imaginer lors de ces situations, développant ainsi un esprit créatif, qui permet de créer des idées originales dans des situations importantes.

Ces compétences ne sont pas si évidentes en réalité. Elles nécessitent un environnement accueillant où la personne qui bégaie a toute sa place et où elle n’est pas mise à l’écart de par sa différence.

La personne qui bégaie se doit également d’oser dépasser son bégaiement et de s’exposer afin de montrer qu’elle est bien plus qu’une personne qui bégaie : c’est une personne avec un vécu propre, qui lui permet de développer des compétences qui lui sont propres et qui sortent de l’ordinaire. 

La condition pour faire éclore ces compétences est l’acceptation de la différence, qu’elle soit sienne ou celle d’un collègue. L’élément crucial est de ne pas limiter les responsabilités de la personne qui bégaie de par son handicap. Au contraire, il faut lui donner l’opportunité d’aller au-delà si elle le souhaite, sans la forcer.




Le bégaiement au travail au-delà des préjugés

Des personnes qui bégaient parlent de leur fierté liée au bégaiement

Une personne qui bégaie peut tout faire. Certes, le chemin sera plus sinueux, mais les difficultés rencontrées font également partie de la richesse du bégaiement et de ce qu’il apporte à la personne qui bégaie et à celles qui la côtoient. 

Certaines personnes qui bégaient sont présidentes des Etats-Unis, d’autres sont dirigeants d’entreprise, d’autres sont acteurs. De nombreux bègues sont parmi nous, et se sentent limités par leur différence, de par la manière dont ils l’appréhendent et dont notre société la représentation.

En allant au-delà des préjugés, nous permettons aux personnes souvent stigmatisées d’avoir le droit de rêver et de réaliser leurs ambitions. Nous mettons également à la disposition de notre société des compétences que nous avons trop longtemps ignorées. Nous nous concentrons sur ce qui n’est pas possible de faire, alors que nous pouvons nous intéresser aux actions qui peuvent être réalisées d’une manière différente.

Stanislas Niox-Chateau, Co-fondateur et PDG de Doctolib, illustre parfaitement ces qualités : « Le plus utile c’est mon bégaiement. Je bégaie depuis tout petit, et il y a 15 ans je ne pouvais pas aller chercher une baguette à la boulangerie. Aujourd’hui je parle à des clients, je parle en public etc. Ce bégaiement m’aide à me remettre en question tous les jours. »