Le TDAH

L’objectif de ce guide est de sensibiliser au TDAH, le trouble de déficit de l’attention, au travail afin que les personnes présentant un exploitent pleinement leurs capacités au service de leurs ambitions professionnelles.

Ce guide est à destination des personnes présentant un et des employeurs.

Ce guide a été rédigé en collaboration avec l’association TDAH France.

Un grand merci à la présidente de l’association, Christine Getin, pour le temps accordé à ce guide

I. Le TDAH dans le monde professionnel

Le TDAH, qu’est-ce que c’est ?

Le TDAH est un trouble du neurodéveloppement, qui se manifeste dès l’enfance par de la difficulté à moduler les idées (inattention), les mouvements et les comportements (hyperactivité/impulsivité). À ce tableau peut s’ajouter une difficulté à moduler les émotions (hyperréactivité). Les symptômes ne sont pas les conséquences d’un manque de «vouloir», mais bien de «pouvoir».

Le trio de symptômes :

Inattention : Cela se manifeste par une attention qui peut être beaucoup plus facilement détournée par des événements extérieurs (bruits, odeur, personnes qui parlent à côté, une grande échéance) mais aussi par une difficulté à prioriser et à se concentrer sur une seule idée. Concrètement, cela peut prendre la forme d’une déconcentration accrue dans un open-space “vivant”, d’oubli de rendez-vous, d’idées qui partent dans tous les sens et d’une difficulté à prioriser des tâches les unes par rapport aux autres.

L’hyperactivité : Cela se manifeste par le besoin d’être toujours dans l’action et le mouvement. Une personne avec un TDAH peut parler très vite, va avoir besoin de bouger souvent, ce qui l’aide à mieux penser et à canaliser ses idées. Ces traits sont moins marqués chez la personne adulte mais sont toujours présents et peuvent prendre des aspects plus discrets (mâcher de la gomme ou tripoter un objet, bouger les mains et les pieds, griffonner, fredonner etc).

L’impulsivité : Elle se manifeste par l’incapacité à reporter une action ou une pensée. L’action a besoin d’être immédiate, même si chez l’adulte ce trait est plus contenu, il reste présent. Cela se manifeste par l’incapacité d’attendre une décision pour agir, d’être impatient dans les files d’attente, d’avoir envie de prendre la parole même si autrui n’a pas terminé ou achevé sa phrase.

Conseils pour intégrer le TDAH dans le monde du travail

Le monde professionnel a ses propres codes qui peuvent rendre complexe le quotidien pour les personnes avec un TDAH. Voici quelques astuces qui peuvent rendre votre quotidien plus simple.

Organisation du travail

–Vous pouvez prévoir moins de tâches que ce vous pensez être capables de faire. Cela vous permet de vous concentrer sur l’essentiel et de ne pas vous mettre trop de pression si vous n’êtes pas en capacité de tout faire.

–Vous pouvez avoir une to-do liste pour la journée, pour la semaine, pour le mois. Pour la journée, il est favorable que votre journée soit très organisée, en attribuant un moment de la journée à chaque tâche. De longues tâches peuvent être divisées en plusieurs sous-tâches. Les objectifs de la semaine et du mois peuvent être moins précis. 

–Lorsque vous êtes sur un grand projet, vous pouvez, avec votre équipe, le diviser en grandes tâches et en sous-tâches afin que vous puissiez vous organiser dans le temps

–Vous pouvez arriver plus tôt au travail ou partir plus tard (en arrivant plus tard) pour profiter des moments où votre lieu de travail est plus calme

–Vous pouvez demander l’aménagement d’un espace de travail avec un minimum de distractions (bureau spécifique à la place d’un open space, éviter tout objet pouvant vous distraire, être dos au couloir

–Éviter tous types de distraction dans votre espace de travail. Si vous avez un travail sur ordinateur, vous pouvez utiliser des logiciels pour bloquer des sites pendant certaines heures

–Certaines situations peuvent impliquer de fortes émotions, qui empêchent la concentration. Lors de ces moments, vous pouvez prendre une pause et notamment bouger (mouvement dans votre espace de travail, sortir prendre l’air, faire de courts exercices physiques)

–Afin de garder votre concentration au fil de la journée, vous pouvez varier le type de tâches au cours de la journée

–Vous pouvez structurer votre journée en vous accordant des pauses où vous bougez

–Dans la mesure du possible, il faut éviter de démarrer un nouveau projet lorsque le projet en cours n’est pas terminé. Cela vous permettra de garder votre concentration sur une tâche principale

–Fixer des plages horaires pour les interruptions, les réunions et les tâches nécessitant de la concentration permet de mieux maîtriser sa journée et de mieux se concentrer.

Avoir des plages horaires fixes où vous répondez aux emails, aux chats et aux appels potentiels. Des plages horaires fixes où vous êtes disponible pour des réunions. Des plages horaires fixes où vous pouvez vous concentrer sur vos tâches.

–Expliquer à vos interlocuteurs que les urgences ont un vrai impact sur votre travail, votre fatigue et qu’elles peuvent avoir un impact sur votre capacité de rendre le travail à temps.

–Lorsque vous avez des idées lors d’une réunion qui sont hors sujet ou sans rapport immédiat avec les échanges, prenez ces idées en notes. Cela vous permettra de vous concentrer de nouveau sur la réunion, sans perdre l’idée.

–Vous pouvez mettre en place des alarmes spécifiques afin de vous assurer de ne pas oublier des réunions.

Inclusion 

–Si vous le souhaitez, vous pouvez demander la mise à disposition d’un livret d’accueil avec l’organigramme des personnes de l’entreprise ainsi que les règles et codes de communication de l’entreprise et de votre équipe. Vous ne pouvez pas vous adresser de la même manière à un responsable ou à un collègue. L’entreprise a également ses propres règles de communication qu’il faut garder en tête.

–Si vous le souhaitez, vous pouvez demander à avoir un référent au sein de votre équipe afin de pouvoir échanger régulièrement. Il pourra vous aider sur la priorisation des tâches et la gestion de certaines situations.

Communication

–Pesez vos mots. Si vous êtes trop direct ou que vous n’adaptez pas votre réponse à la situation, cela peut se retourner contre vous.

–Attendez que votre interlocuteur ait fini sa phrase avant de prendre la parole, même si vous avez vraiment envie de partager ce à quoi vous pensez.

–Préciser que vous préférez ne pas être interrompu lors d’une réunion car cela peut vous demander des efforts supplémentaires lors de la reprise.

–Si vous avez demandé à avoir un référent, celui-ci peut être votre conseiller pour mieux organiser vos tâches et bien communiquer lors de situations inhabituelles.

–Si on vous propose de vous impliquer sur un nouveau projet, répondez que vous êtes déjà engagé sur autre chose, ou vous pouvez répondre “Cela semble très intéressant, mais je dois vérifier mon agenda”

De nombreuses personnes présentant un TDAH ont dû trouver des solutions qui peuvent leur être spécifiques. Le mieux est de demander à la personne concernée ce dont elle a besoin. Voici des conseils qui pourront vous donner de premières pistes.

 Organisation du travail

–Éviter les interruptions intempestives (Chat, appel non planifiés, questions en face à face lorsque la personne est concentrée). Si besoin, définir une plage horaire chaque jour où le collaborateur peut être dérangé.

–Favoriser un cadre de travail fixe : plages horaires fixes pour les réunions, plages horaires fixes pour les tâches à réaliser, arrivée et départ du travail fixe dans la mesure du possible.

–Clarifier les imprévus et les urgences. Ceux-ci poussent à modifier l’organisation de la journée et demandent un effort de concentration pour la personne avec TDAH.

–Permettre des horaires flexibles (arriver plus tôt et partir plus tôt ou arriver plus tard et partir plus tard) pour permettre à la personne présentant un TDAH d’être au bureau lors de moments calmes

–Proposer un environnement de travail avec un minimum de distraction (dos au couloir, sans bruit, sans gadget à côté). Éviter les open spaces de préférence. Si ce n’est pas possible, l’open space peut être adapté.

–Permettre à la personne avec TDAH  de pouvoir prendre des pauses régulièrement, même de 3 min pendant une longue réunion, afin qu’elle puisse bouger et se concentrer de nouveau. Une autre solution peut lui permettre d’être en mouvement à certains moments de la réunion.

–Éviter de donner plusieurs projets à la fois à la personne avec TDAH. Si cela n’est pas possible, elle peut avoir besoin de l’aide d’un référent au sein de son équipe pour l’aider à structurer son travail.

–Des objectifs quotidiens, hebdomadaires et mensuels peuvent être proposés afin de structurer au mieux le travail.

–Permettre à la personne présentant un TDAH de varier les tâches afin qu’elle puisse maintenir sa concentration

–Effectuer des rappels, si nécessaire avant des points spécifiques, pour éviter l’oubli et maintenir une dynamique et un bon niveau de motivation.

Inclusion

–Mettre à disposition un livret d’accueil avec l’organigramme des personnes de l’entreprise ainsi que les règles et codes de communication de l’entreprise et de votre équipe. Cela permettra à la personne présentant un TDAH de connaître les règles et de pouvoir s’y référer quand cela est nécessaire

–Assigner un collègue de référence au sein de l’équipe afin de faciliter la communication. Ce collègue de référence pourra aider, son collègue présentant un TDAH, à structurer ses tâches et à gérer les situations de communication compliquées 

–Il est important d’être à l’écoute d’un collaborateur avec un TDAH. Plus elle se sentira en confiance, plus elle sera à même de communiquer sur son trouble et ses besoins afin que le travail se passe au mieux.

Communication

–Les personnes ayant un TDAH peuvent être spontanées. N’hésitez pas à le signaler si certaines réponses vous semblent inadaptées ou inappropriées.

–Les personnes avec TDAH ont plein d’idées et sont impatientes de les partager. N’hésitez pas à demander à la personne avec un TDAH d’attendre son tour si c’est le cas.

–Le référent, s’il y en a un, peut être le point de contact et l’aide principal pour les conseils en communication auprès de la personne présentant un TDAH.

TDAH et Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé

Qu’est-ce  qu’est la reconnaissance en qualité de travailleur handicapé ?

Le TDAH est reconnu comme un handicap par la Maison des Personnes Handicapées (MDPH). Ainsi, une personne qui bégaie est éligible à la Reconnaissance en Qualité de Travailleur Handicapé (RQTH). La RQTH est la reconnaissance administrative du handicap. Il ne faut pas hésiter à faire la demande de RQTH si vous pensez que cela peut vous être bénéfique.

Quels  sont les avantages?

La RQTH n’est pas obligatoire. Cependant, elle est importante car elle permet:

– de bénéficier d’aménagements d’horaires pour les rendez-vous médicaux et thérapeutiques.

– de bénéficier d’avantage lors du recrutement au sein de certaines entreprises. Les entreprises sont soumises à un quota de 6% d’employés ayant une RQTH. Certaines politiques de recrutement sont  avantageuses envers les personnes ayant la RQTH afin d’atteindre ces quotas.

– de bénéficier de la mise en place d’aménagements de poste tels que recommandés par la médecine du travail

– d’accéder à des services et des aides financières de l’AGEFIPH (L’organisme de l’état en charge des personnes handicapées dans une structure privée) ou du FIFPH (L’organisme de l’état en charge des personnes  handicapées dans une structure publique)

– de bénéficier de règles particulières en cas de rupture de contrat de travail, comme le doublement de la durée du préavis de licenciement.

– d’accéder à des stages de réadaptation et de  rééducation professionnelle en cas d’inaptitude à votre ancien métier.

Comment demander sa RQTH ? Pour demander sa RQTH, il faut remplir un dossier à envoyer à la MDPH départementale. Le dossier est détaillé ici

Quand est-ce qu’il est possible de faire la demande de RQTH ? La demande de RQTH est une grande étape. Elle reconnaît administrativement le handicap. Il n’est pas toujours facile de faire une demande de RQTH. Certaines personnes avec un TDAH vont se considérer en situation de handicap, d’autres non. L’avantage de la RQTH, c’est qu’elle protège et qu’elle incite les entreprises à adapter l’environnement de travail au besoin de la personne.

L’autre difficulté, c’est que le handicap peut être considéré comme quelque chose de personnel que certaines personnes ne veulent pas partager avec l’ensemble de l’entreprise. Il est important de noter que la RQTH est CONFIDENTIELLE. Il est possible de la partager uniquement au médecin du travail, qui fera le nécessaire pour adapter le poste. Il n’y a aucune obligation d’en parler au responsable handicap de l’entreprise ou aux ressources humaines, même si cela peut aider pour avoir un suivi au quotidien.

Le TDAH est reconnu comme un handicap par la MDPH. Ainsi, une personne présentant un TDAH est éligible à la RQTH, ce qui comptabilise les personnes dans le quota de 6%. La personne peut également demander sa RQTH lorsqu’elle est employée dans votre entreprise. La demande prend au maximum 6 mois.

Aménagements possibles pour aider la personne avec un TDAH

Chaque personne avec un TDAH a ses propres références, affinités, choix et a pu mettre en œuvre des méthodes ou techniques d’adaptation. Ainsi, voici quelques aménagements conseillés, mais les plus cohérents seront ceux que vous établirez avec la personne présentant un TDAH.

– Lorsqu’il y a un contact client, le(s) interlocuteur(s) peu(ven)t être prévenu(s) en amont si la personne présentant un TDAH le souhaite.

– Adapter l’organisation du travail aux besoins spécifiques de la personne.

– Mettre à disposition un espace propice à la concentration (avec un minimum de distracteurs visuels et/ou sonores).

– Privilégier les communications brèves aux communications trop denses, accompagnez vos communications orales d’un rappel par écrit des principaux points abordés. (Compte-rendu, retour du travail par mail, planification de rdv).

– Mettre à disposition des outils facilitant la concentration mais aussi des alertes pour ne pas oublier les réunions

II. Entretiens et TDAH

L’entretien est un exercice ayant des enjeux multiples, pour le candidat et pour l’entreprise. Lorsque le handicap entre en jeu, l’évaluation et la prise de décision sont complexifiées. Le candidat, peut avoir, pour sa part l’appréhension que son TDAH le désavantage.

Avant l'entretien

L’entretien est un exercice compliqué, car c’est un exercice où la manière dont on interagit avec le recruteur est importante. Cependant, vous êtes tout à fait capable de briller pendant cet exercice !

Déclarer ou non son bégaiement

La déclaration du TDAH (dans le CV, dans la lettre de motivation) est votre droit avant ou pendant l’entretien. Il n’y a aucune obligation. Déclarer son TDAH dans le CV ou la lettre de motivation permet aux recruteurs de mettre les aménagements nécessaires dès les entretiens. La déclaration avant l’entretien permet d’être franc sur son TDAH et de ne pas avoir à surcompenser pour cacher ou limiter son TDAH.

Si vous ne parlez pas du bégaiement dans votre CV ou votre lettre de motivation, vous pouvez en parler lorsque les ressources humaines vous contactent pour planifier l’entretien.

L’inconvénient principal est que le TDAH est encore mal connu, et il y a encore de nombreux préjugés. Le but de cette page est de limiter les préjugés. L’avantage de parler du TDAH avant l’entretien est que cela permet à l’entreprise de vous prévoir du temps supplémentaire si nécessaire. En parler permet aussi d’être moins concentré sur le bégaiement, car le recruteur sera déjà au courant, il sera donc moins surpris.

Vous trouverez ici notre guide sur la déclaration du handicap dans le monde de l’entreprise.

Préparer son entretien

Se renseigner

– Se renseigner sur l’entreprise (quelles sont ses activités ? Quelles sont les dernières actualités ?)

– Se renseigner sur le travail pour lequel vous avez un entretien. Si elle est disponible, vous pouvez lire la fiche de poste et vous renseigner sur les compétences demandées et sur les tâches à faire.

Demander les informations

– Demander aux recruteurs quelle est la tenue vestimentaire requise. Si la tenue demandée ne vous met pas à l’aise, vous pouvez demander à mettre une tenue qui vous rend à l’aise.

– Demander aux recruteurs avec qui vous allez passer les entretiens. Vous pouvez ensuite vous renseigner sur vos interlocuteurs en amont (en regardant sur LinkedIn notamment).

– Demander aux recruteurs quel est le format de l’entretien. (Entretien avec une personne, étude de cas, entretien en groupe, plan d’accès, etc.). Cela vous permettra de vous préparer au mieux. Vous pouvez préciser que les entretiens de groupe ne sont pas le format qui vous convient le mieux.

Préparer ce qu’on va dire sur soi

Le recruteur pourra vous demander de vous présenter et vous poser des questions sur vos motivations, vos forces et compétences et vos expériences passées.

Se présenter : Vous pouvez donner votre prénom, votre nom, dire quelles études vous avez faites et parler en 1 phrase (20 à 30 mots maximum) de l’une de vos passions

Les motivations : Lister au maximum 3 raisons de votre motivation. Il est important de développer vos motivations en 2 phrases courtes. Ces phrases peuvent répondre à la question « pourquoi cette motivation »)

Les forces et les compétences : Vous pouvez lister vos 3 points forts principaux pour ce poste. Cela peut être vos compétences (en code, en graphisme, en maths etc.) ou des traits de votre personnalité (courageux, persévérants etc.). Vous pouvez illustrer ces forces avec un exemple à chaque fois

Les expériences passées : L’employeur va vous demander de présenter 1 ou 2 expériences que vous avez eues. Cela peut être des expériences professionnelles, associatives, sportives ou étudiantes (projet à l’université). Pour chaque expérience, vous pouvez

  1. Décrire ce que vous avez fait
  2. Décrire le résultat de ce que vous avez fait
  3. Décrire ce que votre travail vous a apporté et appris.

    Parler de son TDAH pendant l’entretien

    Parler de son bégaiement est quelque chose de très personnel. Pouvoir en parler avec un recruteur peut :

    1. Créer un lien avec le recruteur. Vous partagez quelque chose de très personnel. Vous partagez une partie de votre vulnérabilité. C’est quelque chose qui touche les personnes et permet de créer un lien au-delà de l’entretien
    2. Permettre aux recruteurs de mieux vous comprendre et de comprendre le TDAH.

    À quel moment en parler ? :

    Au début de l’entretien ou à la fin de l’entretien

    Comment en parler ? :

    – Factuellement : dire ce que ça implique pour vous en termes de compétences et de difficultés

    – Positivement : le dire factuellement, en ajoutant une phrase sur ce que le bégaiement vous apporte. Le TDAH permet de développer plein de compétences qui peuvent être très utiles dans le monde du travail.

    Dans le cadre d’un entretien, il est souvent difficile d’aller au-delà d’une différence telle que le TDAH. Si la personne est reçue en entretien, cela signifie que son profil correspond à vos attentes. Malgré toutes les compétences perçues, la tendance est de privilégier un candidat sans handicap par rapport à  un candidat différent. 

    Avant toute chose, préciser au candidat que s’il a un handicap, il peut le partager en amont, et cela est important afin que l’entretien soit adapté et que le recruteur puisse se préparer et se renseigner.

    – Si vous savez en amont que le candidat présente un TDAH, 

    1. Soyez attentif au format des entretiens. Les tests écrits, oraux, à questions multiples, psychométriques peuvent demander un effort d’attention supplémentaire pour la personne présentant un TDAH. Des solutions peuvent être d’accorder du temps supplémentaire (25% ou plus) et/ou permettre de faire de petites pauses pendant l’examen (quelques minutes pour bouger) 
    2. Réservez une salle avec un minimum de bruit et de distraction
    3. Précisez à la personne qui va faire passer l’entretien de lire la partie ci-dessous “pendant l’entretien”
    4. Communiquez au candidat les différentes étapes de l’entretien (oral, test) et demandez-lui s’il a besoin d’aménagements

    Voici quelques pistes à préparer avant l’entretien pour juger le candidat de la manière la plus objective possible :

    – Avant de prendre en compte le TDAH du candidat, a-t-il les compétences nécessaires pour le poste ?

    – Peut-on adapter le poste à son TDAH ? Voir la section aménagement. 

    –Les tâches peuvent-elles être faites différemment ? Certaines tâches du poste pourront être tout aussi bien réalisées par la personne présentant un TDAH si une approche correspondant à ses spécificités est permise. 

    – Est-ce que les limitations de compétences liées au TDAH sont compensées par les bénéfices que peut apporter un TDAH  ? Lors de l’entretien, posez des questions positives sur le TDAH (les plus grandes victoires avec le TDAH, ce que le TDAH peut apporter). Cela aura un bénéfice pour vous, car il vous permettra d’appréhender le TDAH autrement et pas seulement comme une contrainte, et pour le candidat, cela pourra le mettre en confiance et le rassurer.

    Pendant l’entretien

    Conseils généraux

    – Soyez à l’entretien 10 minutes en avance.

    – Mettez votre téléphone en silencieux.

    Conseils pour l’entretien

    – Ne vous précipitez pas pour répondre à une question, prenez votre temps. Gardez un débit posé et calme. Cela permet de montrer que vous avez confiance en vous. N’hésitez pas à dire, “j’ai besoin de prendre mon temps”.

    – Si une question n’est pas claire, vous pouvez demander à votre interlocuteur de la reformuler pour qu’elle soit plus claire pour vous.

      – Rappelez-vous que le plus important n’est pas votre bégaiement, mais vos compétences et ce que vous dîtes.

      – Si vous le souhaitez, vous pouvez parler de votre TDAH lors de l’entretien. En parler peut être important pour que vous soyez évalué en toute équité.

      – Soyez à l’entretien 10 minutes en avance.

      – Gardez un papier où vous notez les informations principales que vous obtenez lors de votre entretien. Ainsi, vous serez sûr d’avoir les informations si besoin pendant la suite de l’entretien. Ecrivez uniquement quelques mots et en gros pour que vous puissiez vous relire facilement.

      – Si vous avez trop d’idées à la fois, écrivez-les sur un papier, et dites ensuite uniquement celles qui sont pertinentes à la conversation.

      – Avant de répondre à une question, pensez bien à qui est votre interlocuteur et adaptez votre réponse. 

      – Si vous ne comprenez pas une question, ne paniquez pas. Demandez à votre interlocuteur de la répéter. 

      –  S’il y a une étape de l’entretien qui vous semble compliqué avec votre TDAH : Un test écrit long avec de nombreux détails, un test avec un temps limité, un entretien “monotone”, n’hésitez pas à le signaler à votre interlocuteur.

      Vous intéresser à ce que son handicap lui a permis de faire. Les aventures vécues sont une mine d’or pour apprendre à connaître la personne et découvrir toutes ses compétences. Attention, certaines personnes seront moins ouvertes à ce sujet, dans ce cas, respectez leur retenue.

      Pensez à être transparent avec le candidat. S’il vous parle de son TDAH, soyez honnête quant à votre position à ce sujet. Si vous avez des doutes, demandez au candidat des exemples de situations similaires à celles qu’il rencontrera sur le poste.

      Si vous pensez que la personne présente un TDAH mais n’ose pas le dire, vous pouvez lui demander si elle a la RQTH, vous pouvez mettre la personne à l’aise et montrer que le handicap n’est pas un tabou. Par contre, il n’est pas autorisé de demander à une personne si elle a un handicap précis.

      –Évaluez le candidat sur l’ensemble de ses compétences, en allant au-delà des éventuelles contraintes liées au TDAH.

      Permettez la prise de notes lors de l’entretien. Cela permettra aux candidats de ne pas oublier des éléments clés de l’entretien.

      Les tests psychométriques ou à questions multiples peuvent être discriminants et n’évaluent pas toute la palette des compétences nécessaire dans un emploi. Il est préférable de réaliser un autre type de test.

      – Variez les questions d’entretien assez fréquemment afin que le candidat puisse garder sa concentration. Vous pouvez par exemple varier entre des questions sur ses motivations, ses expériences et des questions techniques/des tests techniques.

      – Permettez au candidat de bouger quand il le souhaite. Ne soyez pas surpris s’il tient une balle anti-stress ou un autre objet dans sa main.

      – Proposez une pause de 5 min toutes les 30 minutes 

      – S’il y a un test écrit, assurez-vous que le candidat puisse avoir plus de temps et faire de courte pause pendant le test écrit

      – S’il y a un test en groupe, assurez-vous que le candidat puisse avoir des rôles différents

      III. TDAH et travail

      Le quotidien au travail est composé de tâches professionnelles, et de l’ensemble des échanges formels et informels entre collègues. Le TDAH peut ainsi se révéler être un vrai défi, à la fois pour les collègues et pour la personne elle-même.

      Intégration au travail

      Le TDAH peut demander de fortes compensations au quotidien qui fatiguent et prennent une partie importante de l’énergie. Votre différence peut se ressentir, c’est pour cela qu’il est important d’expliquer pourquoi vous êtes différent. Le dire de vive voix est compliqué, car nous partageons quelque chose de (très) personnel avec un.e inconnu.e.

      Pour des conseils sur le quotidien au travail, regarder la section de la première partie.

      Informer de son TDAH

      Vous pouvez informer votre entreprise de votre TDAH par différents canaux (écrit ou oral) et différentes personnes (ressources humaines, manager, collègue etc)

      – Vous pouvez informer par écrit (Chat, Mail) l’un de vos collègues, votre manager ou une personne des ressources humaines. Vous pouvez expliquer en 3 lignes ce que ça implique pour vous et partager cette page.

      –  Si vous ne souhaitez pas le partager à toute votre équipe, vous pouvez tout d’abord en parler à l’un de vos collègues, à un manager ou à quelqu’un des ressources humaines.

      Lors d’une première rencontre, au début de l’échange, vous pouvez indiquer que vous êtes une personne présentant un TDAH. Vous pouvez prendre 2 exemples courts avec une situation concrète (1 phrase pour chacun) qui expliquent ce que ça implique 

      – En parlant de l’aspect positif de votre TDAH. Il peut avoir un apport positif en amenant les personnes présentant un TDAH à faire des choses qui les différencient et être un réel atout en entreprise. Vous pouvez prendre un exemple concret où vous avez réussi quelque chose du fait de votre TDAH

      – Vous pouvez demander des aménagements qui vous mettent à l’aise : 

      La sensibilisation de l’équipe

      Certaines personnes vont être amenées à travailler avec vous tous les jours. Leur donner des informations précises sur le TDAH et surtout, sur l’expression de votre TDAH, permettra de mieux comprendre votre différence et de faciliter la collaboration au quotidien. Pour sensibiliser votre équipe, vous pouvez :

      – Partager cette page.

      – Une présentation peut être faite à votre équipe. Elle peut être faite par quelqu’un de l’extérieur, par quelqu’un de l’entreprise ou par vous-même si vous le souhaitez. 

      S’affirmer au travail :

      Le monde du travail est exigeant. Le TDAH implique de s’épanouir dans ce monde avec une différence. Il ne faut pas hésiter à dire ce qui vous gêne ou à demander ce que vous voulez, car si vous ne le faites pas, personne ne le fera pour vous. Il est vrai que c’est souvent assez compliqué, mais il ne faut pas hésiter car c’est votre droit.

      – L’adaptation de l’organisation du travail est clé pour une personne présentant un TDAH. Il est important que vous puissiez demander les aménagements qui vous correspondent

      – Si vous souhaitez prendre la parole mais que vous n’arrivez pas à la prendre, communiquez-le, soit dans le chat de la réunion, soit à l’oral, quitte à interrompre la réunion pour un court instant.

      Le TDAH peut surprendre les personnes non-averties. Il peut également avoir un impact sur la vie sociale qu’il ne faut pas oublier. Si la personne interagit de manière différente, ça peut être également en lien avec le TDAH. Il pourra être important d’en tenir compte au sein du travail d’équipe.

      Pour des conseils sur le quotidien au travail, regarder la section de la première partie.

      La sensibilisation de l’équipe 

      – Permettez à la personne présentant un TDAH de parler de son TDAH et de ce que cela implique pour elle, si elle le souhaite. Tout le monde n’est pas à l’aise dans cette situation.

      – Distribuez la première partie informative de ce guide à l’ensemble des membres de l’équipe.

      Intégration

      –Mettez à disposition un livret d’accueil avec l’organigramme des personnes de l’entreprise ainsi que les règles et codes de communication de l’entreprise et de votre équipe. Cela permettra à la personne présentant un TDAH de connaître les règles et de pouvoir s’y référer quand cela est nécessaire.

      –Assignez un collègue de référence au sein de l’équipe afin de faciliter la communication. Ce collègue de référence pourra aider la personne présentant un TDAH à structurer ses tâches et à gérer les situations de communication compliquées 

      –Il est important d’être à l’écoute d’un collaborateur TDAH. Plus il se sentira en confiance, plus il sera à même de communiquer sur son trouble et ses besoins afin que le travail se passe au mieux.

      Communication

      –Les personnes présentant un TDAH peuvent être spontanées et sans filtre. N’hésitez pas à lui rendre compte si des attitudes, formulations, comportements vous semblent inadaptés.

      –Les personnes présentant un TDAH ont plein d’idées et sont impatientes de les partager. N’hésitez pas à demander à la personne présentant un TDAH d’attendre son tour si c’est le cas. et de noter ses idées afin qu’il ne les oublie pas

      –Le référent de la personne présentant, un TDAH, s’il y en a un, peut être le point de contact et l’aide principal pour les conseils en communication auprès de la personne présentant un TDAH.

      Evoluer au travail

      Trouver un emploi et s’intégrer dans le monde professionnel sont les premières étapes d’une grande aventure. Il y a plusieurs étapes clés qui suivent :

      • Valider la période d’essai
      • Être évalué sur le travail effectué
      • Être promu

      Travailler avec une personne avec dyslexie, c’est travailler avec une personne qui a des besoins spécifiques. Ces besoins spécifiques ne modifient en rien les compétences et les capacités de travail de la personne, ils nécessitent uniquement eu peu plus de flexibilité. De nombreux conseils et aménagements ont été proposés dans la première partie. L’enjeu est que les personnes avec dyslexie puissent être évaluées lors des étapes clés de manière équitable. Ainsi, il est envisageable d’atteindre moins sur certains aspects (notamment les aspects interpersonnels) mais plus sur d’autres aspects (notamment les aspects techniques).

      Mettre en avant les compétences

      Le TDAH est souvent considéré comme une contrainte. Nous oublions souvent de voir l’aspect constructif du TDAH. Les défis quotidiens ne peuvent être niés. Ces défis quotidiens et ces manières différentes d’appréhender le monde, forgent et développent des compétences qui sont clés dans le monde actuel :

      L’hyper focalisation : Les personnes présentant un TDAH ont la capacité de se concentrer de manière intense de sorte que tout le reste semble oublié. L’idéal est de se concentrer sur des tâches précises pendant une période courte (30 min) afin d’éviter d’être distrait et de pouvoir rester attentif à ce qui se passe dans l’environnement.

      La créativité : Les personnes présentant un TDAH ont une manière différente de relier entre eux différentes idées, concepts ou faits, ce qui leur permet de penser en dehors des sentiers battus et de proposer des solutions perçues comme créatives et innovantes, qui sont notamment clés dans les secteurs en pleine croissance et dans des milieux entrepreneuriaux. Ils sont un apport précieux dans une équipe en apportant une perception différente.

      La prise de risque : Les personnes présentant un TDAH sont connues pour aimer la prise d’initiative. Dans des situations complexes, que ce soit dans des milieux entrepreneuriaux, dans des structures familiales ou dans de grandes entreprises, les initiatives impliquant une prise de risque sont clés pour faire évoluer l’entreprise. Souvent, nous pondérons plus les conséquences négatives que les conséquences positives. Pouvoir envisager une prise de risque et l’actionner peut s’avérer clé dans de nombreuses situations.

      Multi-Passion : Les personnes présentant un TDAH ont de nombreux centres d’intérêt et peuvent s’intéresser constamment à de nouvelles choses.  Cette appétence peut être clé dans des domaines qui nécessitent des expertises multiples ou qui impliquent une évolution permanente.

      Moteur : Les personnes présentant un TDAH ont une très grande énergie, qu’elle soit mentale ou physique. Elles vont toujours vouloir agir et avancer et peuvent parfois sembler inépuisables. Il est important de prioriser les tâches (quotidiennes, hebdomadaires et mensuelles) pour que cette énergie soit bien dirigée et puisse devenir un moteur dans une équipe.

      Ces compétences ne sont pas si évidentes en réalité. Elles nécessitent un environnement accueillant où la personne présentant un TDAH a toute sa place et où elle n’est pas mise à l’écart par sa différence.

      La personne présentant un TDAH se doit également d’oser faire face aux situations qui lui sont difficiles avec sa différence afin de montrer qu’elle ne se réduit pas au TDAH  : c’est une personne avec un vécu propre, qui lui permet de développer des compétences qui lui sont propres et qui sortent de l’ordinaire. 

      La condition pour faire éclore ces compétences est l’acceptation de la différence, qu’elle soit sienne ou celle d’un collègue. L’élément crucial est de ne pas limiter les responsabilités de la personne présentant un TDAH du fait de son handicap. Au contraire, il faut lui donner l’opportunité d’aller au-delà si elle le souhaite, sans la contraindre.

      Le TDAH au travail au-delà des préjugés

      Une personne présentant un TDAH peut atteindre ses rêves, même les plus grands. Certes, le chemin sera plus sinueux, mais les difficultés rencontrées font également partie de la richesse du TDAH et de ce qu’il apporte à la personne présentant un TDAH et à celles qui la côtoient. 

      Certaines personnes présentant un TDAH sont de brillants scientifiques, d’autres sont dirigeants d’entreprise (le fondateur d’IKEA, le directeur général de Cisco System), d’autres sont des artistes (Will.I.AM des black eyed peas) ou sportifs (Michael Peps, le sportif le plus titré aux jeux olympiques). De nombreuses personnes présentant un TDAH sont parmi nous, et se sentent limitées par leur différence.

      En allant au-delà des préjugés, nous permettons aux personnes souvent stigmatisées d’avoir le droit de rêver et de réaliser leurs ambitions. Nous mettons également à la disposition de notre société des compétences que nous avons trop longtemps ignorées. Nous nous concentrons sur ce qui n’est pas possible de faire, alors que nous pouvons nous intéresser aux actions qui peuvent être réalisées d’une manière différente.

      David Neeleman est un brillant entrepreneur qui a créé 5 compagnies aériennes (Morris Air, WestJet, JetBlue Airways, Azul Brazilian Airlines et Breeze Airways) servant plus de 100 destinations dans le monde. Pour lui, c’est son TDAH qui lui permet de déceler les opportunités.

      « Je savais que j’avais des forces que les autres n’avaient pas, et mes parents me les rappelaient lorsque mes professeurs ne les voyaient pas. Je peux analyser des faits compliqués et trouver des solutions simples. Je peux observer un secteur d’activité qui présente toutes sortes de problèmes et me demander comment faire mieux. Mon cerveau TDAH recherche naturellement de meilleures façons de faire les choses. »